Mademoiselle Dusk

28 octobre 2016

Management

A l’époque où je travaillais à la Direction des projets transverses d’une grande firme américaine, j’avais la responsabilité d’encadrer deux  jeunes femmes, Anne Charlotte et Quitterie.

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J’avais eu beaucoup de mal à décrocher ce poste prestigieux, et mon supérieur hiérarchique m’avait bien indiqué que l’on avait beaucoup hésité à me recruter, malgré 7 entretiens, l’interview de 5 références professionnelles, et l’utilisation d’un chasseur de têtes. Mes diplômes et mon expression orale avaient fait la différence, mais je devais faire mes preuves.

Les deux jeunes femmes partageaient un bureau dans un open-space. Au-dessus de ce bureau commun était punaisée une photo d’elles deux en vacances à la montagne. Je trouvais cela convivial qu’elles soient proches. Nous allions faire une belle équipe toutes les trois !

Je convoquais ma toute première réunion d’équipe, pour instaurer un rituel collectif, comme je l’avais lu dans un livre aux éditions Dunod « Organisations plates et pouvoir d’agir ». Je leur proposais de réfléchir ensemble à nos indicateurs de performance. Je ne savais pas trop ce que l’on attendait de nous sur le plan quantitatif, mais elles auraient surement des idées précises. Anne Charlotte, très studieuse, me proposa rapidement des indicateurs de performance sophistiqués, comme le taux de satisfaction faciale des membres du Comité de Direction qu’elle proposait de mesurer à l’aide d’un dispositif numérique de « smile-tracking ». Cette collaboratrice était totalement digitale, elle avait dû suivre les cours en ligne de la FING ! Quelle modernité ! Quitterie, elle, se présenta à ma réunion avec une demi-heure de retard, sans aucun motif. Je me dis qu’elle avait dû beaucoup souffrir avec l’ancien manager, et que je me devais d’être compréhensive. Je suivais en cela les conseils de mon livre des Editions Eyrolles « Compassion et Piété managériale».

Je leur proposais de finir la réunion d’équipe à la cantine au pied de la tour. Je leur parlais longuement de mon ancien poste dans une grande SSII française. Je me devais d’être pédagogique et de leur expliquer le monde. Elles parlaient peu, je me disais qu’elles étaient sûrement fascinées par mes récits peuplés d’indiens de Bengalore et de conference calls à 23h avec la Californie qui leur permettaient de découvrir le vaste monde. Pour leur part, elles me firent le récit d’un week-end passé ensemble en Normandie, pendant lequel elles avaient fait du cheval. C’était passionnant car je n’étais jamais montée à cheval ! Je les écoutais avec grand intérêt. Je leur proposais de renouveler ce rituel du déjeuner d’équipe toutes les semaines.

Toujours dans un souci de convivialité, je fis ce jour-là un jour un commentaire admiratif à Quitterie sur son sac à main. Il était vraiment magnifique, elle avait dû économiser longtemps pour pouvoir se l’offrir.  Je l’avais vu d’occasion sur le Bon Coin, mais d’occasion il représentait tout de même un mois de salaire, je n’avais pas osé me l’acheter ce n’était pas raisonnable. Et puis  j’aurais eu peur de me le faire voler dans le métro, j’habitais à l’autre bout de la ville vers l’est.

Quitterie était très bonne sur Excel. Elle pratiquait beaucoup car elle organisait de nombreux week ends et mariages complexes, je voyais les macros tourner sur son écran quand j’entrais sans prévenir dans l’open-space. J’ai plusieurs fois tenté de lui proposer de participer à des réunions le vendredi après-midi, mais elle était toujours indisponible à partir de 16h. Je trouvais cela très sain d’avoir une vie personnelle riche, la lecture de « Réforme-toi toi-même avant de réformer le monde » aux Editions Eyrolles m’en avait convaincu. Du coup je restais souvent tard le vendredi soir et souvent le week-end, pour terminer le travail nécessaire pour le Comité de Direction du lundi où nos sujets de coordination transverse étaient  systématiquement mis à l’ordre du jour, en fin de réunion. L’agenda dérapait souvent, ce qui fait que j’avais très rarement le temps de présenter nos travaux, mais je trouvais cela tout à fait normal, les membres du Comité de Direction avaient tant de priorités à gérer ! En tous cas la présentation était prête, au cas où.

A part pour la réunion d’équipe, il était très rare qu’Anne-Charlotte et Quitterie viennent à mon bureau. Je faisais toujours le déplacement pour aller dans le leur. Je trouvais cela très vivant de me déplacer, après tout je passais l’essentiel de mon temps assise cela me faisait faire de l’exercice. Je me déplaçais aussi pour aller au bureau de mon Directeur, encore plus de gymnastique c’est bon pour la santé ! Cela dit, une fois de temps en temps, mon Directeur venait à mon bureau à moi, il avait coutume de passer derrière ma table pour regarder par la fenêtre qui était dans mon dos. Du coup j’avais pris l’habitude de bien ranger le dessus mon petit caisson pour qu’il ne voie pas mes boules Quies usagées et ma boîte de Xanax.

Anne-Charlotte et Quitterie avaient aussi de très bons rapports avec les membres du Comité de Direction, à tel point qu’elles oubliaient parfois de me convier à des réunions importantes. Je trouvais cela important qu’elles prennent leur autonomie, cela faisait partie de leur apprentissage, et je voulais les faire grandir, comme il était dit dans mon livre sur le  management des Editions d’Organisation « Guérir par les plantes ». Je les encourageais à tisser des liens directs avec le CODIR, à devenir de véritables « business partners ».

Un jour, alors que je revenais de chez Auchan au Centre Commercial Les 4 Temps, où je m’étais acheté un piège à humidité pour mes toilettes après un dégât des eaux, j’avais croisé Quitterie en grande conversation avec le Président du Conseil de Surveillance du groupe sur le parvis. Je les avais salués par convivialité. Le Président m’avait indiqué que Quitterie et lui se croisaient en vacances. Bien plus tard, lors du cocktail de remise de la légion d’honneur au Président du conseil de surveillance par le président d’une grande organisation patronale, j’ai noté que le vignoble servi à table portait le même nom de famille que Quitterie. J’ai mieux compris alors cet attachement à sa province natale et au terroir qui était tout à son honneur.

Je me suis aussi rappelé que le Président m’avait demandé à mon arrivée dans le groupe si j’étais de la famille du célèbre animateur de télévision Cyril Hanouna, ce qui était tout à fait impossible car j’avais fait de longues études en sciences politiques. Ce jour-là il avait eu l’air déçu, et avait raccourci la date limite de remise d’un rapport sur lequel je travaillais.

 

 

 

 

 

 

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Références

A une époque où je travaillais au fond d’un couloir, quelque part à la tête de groupe d’une grande SSII française, le téléphone sonna.

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Un chasseur de tête, aiguillé sur moi par une ancienne collègue au nom à particule, me proposait un processus de recrutement pour un emploi à la Direction des projets transverses d’un grand groupe américain. Fidèle au vieux dicton RH « Qui ne tente rien va la cruche à l’eau », je me rendis à l’entretien, après avoir pris soin de m’acheter un tailleur-jupe bleu marine chez Devernois et des collants opaques beiges.  

Le chasseur de têtes était installé au-dessus de la boutique de macarons Ladurée, sur les Champs Elysées. Dans le couloir la moquette était épaisse, il y avait une grande table de réunion dans le bureau et une vraie assistante me proposa un vrai café dans une vraie tasse avec une vraie cuillère. Le décorum des chasseurs de tête est bien rôdé, on se croit toujours en visite chez Catherine de Russie.

Après avoir procédé à la vérification point à point de mon parcours grâce à des questions astucieuses («Qui était votre maître de stage en 1994 ? Bernard Toutanbois ? L’auteur du Stratégor aux éditions Eyrolles? »), il me demanda de produire des photocopies certifiées conformes de mes diplômes, ce que je m’engageais à faire. Puis il me laissa entendre que je devrai pour poursuivre lui fournir 5 « références ». Il m’indiqua qu’il souhaitait les appeler en personne, et se fit très insistant sur la qualité des personnes que je devrai citer. Je me rendis vite compte qu’un vague manager flottant de projets bancals en projets boiteux ne saurait le satisfaire, et qu’il fallait fournir des noms gravés dans le marbre, c’est-à-dire figurant sur le rapport annuel. J’étais fort embarrassée, car au fil des plans sociaux, des réorganisations et des délocalisations en Inde, je n’avais dans mon vaste réseau relationnel que trois free-lance à la peine sur des projets d’expressions de besoins pour des Minitels 3614, et un patron de centre de services partagés basé à Calcutta. Le ton du chasseur de têtes se fit sévère mais juste : pas de possibilité d’intégrer le groupe prestigieux sans fournir de références tout aussi prestigieuses.

Je rentrais chez moi impressionnée : cette entreprise se méritait, je devais mériter d’y postuler ! Ce magnifique logo jaune qui avait la couleur de l’or commençait à me faire rêver. Au prix d’un phoning digne de Cuisines Spatial un samedi matin en période de challenge commercial, je réussis à rassembler 5 noms d’un prestige raisonnable, ou en tous cas d’une mythomanie satisfaisante. Leur situation professionnelle avait le parfum délicat et renfermé du placard, mais personne ne pouvait le savoir du dehors. Comme dans une SSII il n’y a rien d’écrit sur les cartes de visites, tout le monde invente son intitulé de fonction. Autant être créatif…ils avaient su l’être. Je comptais sur eux pour vanter mes mérites au chasseur de tête.

Je ne reçus aucune nouvelle de lui pendant plusieurs mois, ce qui me parut bon signe, car habituel dans ces professions.

Alors que je marchais dans la montagne au milieu de mes vacances, je reçus un appel impérieux du chasseur de tête qui voulait me rencontrer séance tenante. Je lui répondis que c’était impossible, en omettant de préciser que je me soulageais dans un buisson alors même que je lui parlais. Mon instinct me dit que cette précision était inutile et peu propice à me présenter sous un jour distingué. Je lui fis croire que j’étais en pleine « Digital Detox », quand en réalité j’avais acheté sur le GR un pâté aux escargots artisanal en promotion. Il était très insistant et j’aurais obtempéré, si mes billets de train achetés en promotion avaient été modifiables. Je réussis à négocier un rendez-vous la semaine suivante.

Une semaine plus tard, j’étais de retour dans les bureaux des Champs-Elysées. Le chasseur me regarda dans les yeux, et sortit avec cérémonie la pile des comptes rendus des 5 entretiens passés avec mes « références ». Il insista sur le fait que normalement il ne montrait jamais ces compte-rendu au candidat, et les tenait de la main pendant que je les lisais, sûrement de peur que je ne parte avec en courant. Visiblement j’avais fait un bon casting car mes deux mythomanes aux titres ronflants avaient aussi des particules, ce qui ne gâchait rien et avait l’air de lui faire de l’effet. Ils avaient raconté absolument n’importe quoi sur mes activités de façon à mettre les leurs en valeur auprès du chasseur de tête, au cas où, on n’est jamais trop prudent, surtout quand on  travaille dans une SSII. Résultat : le chasseur de têtes avait l’air absolument ravi de sa prise, à la manière d’un brocanteur qui trouve un tableau signé Grauguin  à Drouot. 

Je ne reçus aucune nouvelle de lui pendant plusieurs mois, ce qui me parut bon signe, car habituel dans ces professions.

J’eu ensuite l’autorisation de revenir en entretien, toujours chez le chasseur de têtes. La première fois on me présenta un monsieur grisâtre avec un tic de langage, il finissait toutes ses phrases en « ye ». La seconde fois « Monsieur Yeye » était à nouveau présent, accompagné de sa DRH. Elle me demanda en me fixant dans les yeux si j’encadrais une équipe, je lui répondis que je coordonnais les réalisations de trois indiens basés à Calcutta, New Delhi et Bengalore. Elle sembla dubitative sur le fait qu’il s’agissait d’une équipe….elle n’avait pas totalement tort. Pour ma part je n’étais pas sûr qu’il s’agisse d’humains car le son de leur voix était si métallique avec la voix sur IP qui sortait de mon ordinateur, que de temps en temps je me demandais s’il ne s’agissait pas de bots et si l’Inde existait vraiment. Mais je me gardais bien de faire part de mes réserves pour garder l’air distingué et montrer que je savais donner des ordres à de vraies personnes.

Puis il me fallut passer encore deux entretiens, avec un moustachu et un grand roux. Quand le grand roux ouvrait la bouche le ton de sa voix était si monocorde que je manquais de m’endormir, mais je tenais bon. Le moustachu m’intriguait plus, je me demandais pourquoi sa moustache cachait ses dents. Tous me fixaient d’un regard pénétrant, me mettant aussi à l’aise qu’une bouteille de shampooing 200 ml dans un détecteur de sécurité aéroportuaire.

Après cette salve d’entretiens, je ne reçus aucune nouvelle pendant plusieurs mois ce qui me parut tout à fait normal.

Un jour mon téléphone sonna et une « responsable RH » que je n’avais jamais rencontrée m’indiqua que l’on me proposait de me recruter, pour 20% de moins que ce que j’avais demandé. Je refusais, offusquée, pensant que cette jeune femme s’était trompée de numéro de téléphone. Puis le DRH en personne me rappela pour me signifier que cette offre m’honorait au contraire, car elle me permettrait de rejoindre un groupe américain, global, et de sortir du ruisseau de la SSII franchouillarde où je stagnais. Sa voix avait des intonations qui me faisaient penser à Star Trek – pour décrire l’opportunité qui m’était faite – et Victor Hugo, pour décrire ma situation si je refusais. Je me vis finir Fantine, édentée, chauve, française, et acceptait sur-le-champ l’honneur que l’on me faisait de changer de travail sans changer de salaire, avec une période d’essai de 6 mois à la clé.

Lors de mon arrivée dans l’entreprise, à  La Défense, mon nouveau Directeur, « Monsieur Yeye », m’indiqua que l’on avait beaucoup hésité entre moi et un compétiteur venu d’un cabinet de stratégie, ce qui était beaucoup plus prestigieux qu’une SSII. Mes gros diplômes et mon « expression orale » avaient fait la différence, mais de peu. Il allait falloir faire mes preuves. Il m’indiqua mon bureau, au bout d’un immense open-space en forme de boyau.

Un an plus tard, alors que j’étais en arrêt maladie pour burn-out, je déambulais sur les Champs Elysées. La plaque dorée du chasseur de tête avait disparu, elle était remplacée par celle d’un avocat en propriété intellectuelle. La carte de visite dans ma poche portait un logo couleur jaune d’or. 

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25 janvier 2016

Du reflux dans le workflow

Coucou les zamis !


David Christoffel est revenu m'interviewer, directement dans ma tour de la Défense

Ecoutez son documentaire, on m'entend dire des trucs (des tarteries sur Taylor et Toyota) et surtout on entend les ascenseurs qui parlent de ma tour !

Et après un monsieur compare le workflow à un orchestre.....WEIRD !

Bisous les zamis 

Votre Freddie Bridouille

https://www.rts.ch/espace-2/programmes/le-labo/7399160-le-labo-24-01-2016.html?f=player/popup

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22 novembre 2015

Darwin métro Grande Arche

Dans le business on adore Darwin.


 

Pas une réunion, pas un slide-show, pas une publication commerciale qui n’agite le chiffon de la mort certaine à laquelle est promise l’entreprise (ou le salarié) qui ne saura pas s’adapter.

C’est la sélection naturelle.

Seuls les plus agiles vont survivre.  Les geignards immobiles vont disparaître.

« Ha cette Yvonne du service courrier, elle est pire qu’un dodo de l’île Maurice ! Bonne pour l’extinction ! »

L’adaptation se fera à marche forcée, de façon volontariste.

 « Alors Yvonne, on sait pas faire marcher le e-procurement ?  Fallait évoluer ma cocotte, fallait évoluer ! »

Et très rapidement.

«Yvonne, vous serez remplacée le mois prochain par Katerina, de Kracow, qui fera tout cela beaucoup mieux que vous pour moins cher ! »

C’est le sens de l’histoire, c’est la sélection naturelle. C’est comme ça que ça doit être pisque c’est comme ça que tout le monde y dit que c’est. Et pis c’est les plus forts qui restent, au trou les zôt.

Le seul détail que tout le monde oublie, c’est que Darwin n’a pas exactement dit « au trou les zôt ».

Il a mis en exergue le rôle du hasard. Ainsi, il a montré que les mutations étaient le fruit du hasard. Purement par hasard, la mutation, parfois inadaptée au départ, devient un avantage dans un environnement donné.

« Hein, Katerina, si toi avoir pensé que accent polonais de toi avantage pour travailler dans CAC 40 de France un jour, toi aurais mangé moins borsch et plus chocapic dans enfance ! Ouarf Ouarf»

Inutile de s’efforcer à s’adapter, puisque l’innovation sera le fruit du hasard.

« Yvonne, pas la peine de te mettre déjà à apprendre le polonais, finalement le prochain centre de service partagés on va l’ouvrir en afrique du sud et on va pas te payer des heures chez Berlitz pour que tu maîtrises bien les bruits de glotte bushmen »

Et ce que tout le monde oublie aussi, c’est que Darwin a mis 30 ans à accoucher de sa théorie, après un voyage dangereux en bateau de 5 ans, des milliers d’observations et de specimens consignées dans des carnets.

« Quoi ? Un bon powerpoint de 10 pages ça suffit pas pour dire que c’est les plus forts que y niquent la gueule de les plus faibles ? Faut quitter la Défense ? Houla !»

Qu’il a bravé la censure et les religieux de tout poils pour énoncer la simple vérité, comme Copernic ou Galilée en leur temps.

« Hein ? On va pas forcément gagner plus de stock-options si que on dit des choses sur Yvonne qu’il faut la virer pour gagner des ETP ?On peut même se faire zigouiller ? Houla ! Je vais déléguer alors…»

Ha non, Darwin il avait du génie et des couilles, lui. Et il était pas dans le business. Mais maintenant il est avec ses copains les vers de terre, au cimetière.

Dommage pour Yvonne. 

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(Voir par exemple la plaquette du "premier cabinet de conseil Darwinien" : http://www.abingtonadvisory.com/Default.aspx#2)

 

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02 juillet 2015

Pourquoi payer le travail ?

« Tout travail mérite salaire ».  Mais on ne paie que ce qui a de la valeur ! Est-ce que le travail a réellement de la valeur ?  


« Tu as un CV de généraliste »

Est-ce que la compétence a de la valeur ?

Non, car tout le monde en a. Elle a été massivement acquise dans des postes intermédiaires, dans des secteurs qui recrutaient, donc où tout le monde est allé à une époque donnée.  Combien de cadres grisâtres défilent dans des officines de bilan de compétence sordides en brandissant leur savoir-faire en « gestion de projet », « conduite du changement » ou leur maniement du logiciel powerpoint ?

Du coup, il y a de fortes chances pour que ces compétences aient déjà été modélisées, et injectées dans un système expert qui fera parfaitement l’affaire très prochainement. Un rapide coup de fil à IBM permettra de s’en assurer.

Il vaut encore mieux miser sur une absence totale de compétence, ce qui permettra d’obtenir un niveau de subordination largement supérieur, et ceci sans payer de charges sociales, grâce à des dispositifs comme l’alternance ou l’apprentissage. 

Rien de pire en effet que de devoir subir le couinement typique du Master II qui rechigne à soulever des palettes alors même  qu’il a les poches pleines des chèques Cadoc du comité d’entreprise.

« Dans l’équipe, tout le monde travaille beaucoup ».

Est-ce que la capacité de travail a de la valeur ?

Non, car puisque peu de gens travaillent encore, ceux qui travaillent travaillent beaucoup.  Rien de pire, au moment de l’entretien annuel d’évaluation,  que le défilé de salariés qui tentent de faire valoir  en gémissant les conference call passés les jours fériés, les dimanche matin sur l’ordinateur, les nuits avec leur blackberry, les dimanche et les nocturnes passés sur des salons professionnels.

On pourra quand même focaliser les ressources humaines sur le repérage des « talents » dotés  de caractéristiques biologiques particulières. Le fait de n’avoir besoin que de trois heures de sommeil par nuit par exemple.

« Qu’est-ce que tu as de différent ? »

Est-ce que qu’on paie pour quelque chose de banal ?

Non. Ce qui a de la valeur c’est ce qui est différent, pas pareil.

Les diplômés du système éducatif racontent tous la même histoire assommante, faite d’écoles de commerce de province,  de livres aux titres comme « Mercator » ou « Strategor », de diplômes décernés par un corps professoral ahuri, de stages bidons, ou de nuits passées sur le MOOC  «Devenir un Leader » du CNAM.  Ils frappent à la porte du système productif, chaperonnés par les « Responsables des relations entreprises »  de leurs écoles d’origine qui, tout décolleté dehors,  rêvent de réussir à les insérer.

Rien de pire que de devoir recevoir cette multitude de clones en entretien. Il vaut mieux leur demander  de déposer leur CV-vidéo enregistré par webcam sur le site internet de l’entreprise. Ces  CV seront filtrés par un système expert fourni par Oracle, et l’équipe RH basée en Pologne fera passer quelques entretiens de recrutement par Skype. Ca suffira largement. 

En revanche on recevra les « talents » à déjeuner, sans leur demander leur CV, ce serait d’une vulgarité !

« C’est difficile de dire ça à une femme, mais tu es très expérimentée »

Est-ce que l’on paie pour une vieillerie ?

Non. Ce qui a de la valeur c’est ce qui est neuf.

Les salariés expérimentés ne savent faire que des choses qui ne servent plus à rien puisque le monde  change tout le temps. Les femmes expérimentées sont laides et ne sont jamais à leur bureau car elles passent leur temps aux toilettes. Rien de pire que de devoir subir au jour le jour le récit de leur affaissement périnéal. Autant s’en débarrasser rapidement en leur proposant de passer sur un statut de free-lance après quelque mois dans le programme d’intrapreneuriat, c’est pas cher et ça fait toujours plaisir.

Quant aux jeunes diplômés, ils  pourraient demander à se faire payer, mais étrangement ils adorent travailler gratuitement. Il suffit d’employer des terminologies qui leur rappellent le gymnase du collège, comme « hackathon », ou de leur faire miroiter qu’ils vont devenir des « start-upers». A 20h, on leur donne de la pizza et du redbull, et au matin on récupère le code dont on a besoin, pour rien du tout. Ils sont vraiment étonnants !

 «Dans l’équipe, nous ne prenons plus que des experts sectoriels »

Est-ce que l’on paie pour quelque chose que tout le monde a ?

Non. On paie pour une chose rare. Or compétence et capacité de travail n’ont pas de valeur car elles peuvent s’acquérir, se mériter.

En revanche, ce qui a de la valeur c’est précisément ce qui ne peut pas s’acquérir. L’accès. L’entregent. Le carnet d’adresse. Le fait de connaître des gens importants, d’être le neveu de quelqu’un, d’ouvrir des portes, de décrocher des budgets, de trouver des financements. Le fait de définir les normes et de pouvoir les modifier.  Le fait d’être celui qui définit ce qui a de la valeur.  Car celui qui a de la valeur, au final, c’est celui à qui l’on a toujours dit qu’il en avait. C’est lui le vrai « talent », dont le DRH rebaptisé « Chief Happiness Officer » prend soin comme de la prunelle de ses yeux.

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« Tout travail mérite salaires ». Certainement pas, puisque « Ce qui est rare est cher » !

Le travail n’a pas de valeur, puisque tout le monde en propose. On paiera le travail quand la plupart des travailleurs seront morts et qu’il sera redevenu rare. 

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26 mai 2015

Portraits au travail

Petite série de portraits au travail.


 

Nathalie se souvenait de sa mère qui vendait des produits Tupperware  à ses copines dans le salon familial. Après son divorce, elle l’avait imitée et s’était lancée dans la vente à domicile pour le compte d’AirDésir une filiale de Passage du Désir, un fabricant de sex toys. Le marché avait progressé de 60% entre 2010 et 2013, c’était une aubaine. Elle était très avenante et très motivée et trouvait toujours des arguments qui faisaient mouche pour convaincre ses voisines de colmater tous leurs orifices. Il valait mieux d’ailleurs car elle ne percevait aucun fixe. Parfois en installant les produits sur la table basse Alinéa de son appartement elle se disait que leur texture caoutchouteuse lui rappelait les boites de conservation que vendait sa mère.

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Ahmed était webmaster dans une grande entreprise basée à Paris. Depuis un an les demandes de modification sur le site de l’entreprise lui arrivaient via une base dans l’intranet, il lui était interdit de prendre des demandes en direct. Sa supérieure hiérarchique basée aux US lui avait expliqué que cela améliorerait le « workflow ». Chaque matin, son ordinateur clignotait, rempli de nouvelles demandes, qu’il s’empressait de traiter pour rester dans les standards internationaux de temps de traitement que sa chef lui avait communiqués. Sa stagiaire était basée en inde. Plus personne ne passait dans son bureau, il se demandait parfois si les gens se souvenaient encore de son visage. Heureusement qu’il restait la cantine.

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Jean-Paul était chercheur en télécom dans une entreprise fleuron de la high tech francaise. Son patron était une des stars de la recherche française, mais il ne le voyait pas beaucoup. Il faut dire que le siège de l’entreprise était dans la campagne, loin de Paris, et qu’on y avait installé pas mal d’Algecos pour loger les fonctions commerciales après le 18 eme plan social. Ce n’était pas très élégant, et pas très pratique pour les mondanités. Jean Paul se demandait souvent si l’unique métier de son boss n’était pas de faire en sorte que les crédits destinés au soutien à la recherche ne permettent pas de maintenir son emploi à lui et à ses collègues. En tous cas cela faisait un moment qu’il avait cessé de chercher quoi que ce soit.

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 Pour rien au monde Benjamin n’aurait voulu travailler dans une grande entreprise, comme son père et son grand frère. Son rêve c’était de monter sa boite. Il avait imaginé un système de livraison de burgers par drones. Le site s’appelait BurgerBzz.com. Enfin c’était un nom de code car il cherchait encore des financements sur des sites collaboratifs, seule sa tante lui avait prêté 5OOO euros sur KissKiss BankBank. En attendant, comme il ne se versait pas de salaire il logeait des indiens dans sa chambre avec Airbnb et dormait dans le canapé du salon. Ca n’aurait pas été très contraignant si les indiens n’avaient pas systématiquement tiré la chasse d’eau en pleine nuit. Du coup Benjamin manquait de sommeil, mais comme il le disait souvent, « la pire chose qui me menace c’est d’être salarié » 

 

 

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Stand Up and Kicking

Je serai sur scène le 2 juin a 20h au Café Oscar 

155 rue Montmartre 75002 Paris

 

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01 mai 2015

« La stagiaire »

Suite de ma télénovela à la Défense


 

(Frédérique téléphone à sa nouvelle stagiaire, Clotilde des Aulnayes)

Frédérique Bredouille : Bonjour Clotilde je Frédérique Bredouille, votre nouvelle manager, je vous propose de faire connaissance, vous passez à mon bureau ?

Clotilde des Aulnayes : Non. Passez plutôt au mien

Frédérique Bredouille : A votre bureau ? 28B64 ? Pas de problème je viens tout de suite

(Frédérique cherche le bureau de Clotilde dans le couloir. Elle le trouve. C’est un bureau directorial de 15 m2. Au sol, un gros sac Vuitton. Clotilde la fait assoir à sa petite table de réunion)

Clotilde des Aulnayes : Vous pouvez vous assoir

Frédérique Bredouille : Merci ! Ravie de vous rencontrer ! Nous allons faire de grandes choses ensemble cette année.

Clotilde des Aulnayes : Elles disent toutes ça.  

Frédérique Bredouille (elle déplie devant Clotilde une grosse liasse de documents illisibles: Nous devons déployer une cinquantaine d’initiatives, c’est matriciel, c’est un peu complexe. J’ai passé la nuit à étudier les tableaux de bord que la zone EMEIA et le Global nous ont envoyé,  j’y vois clair maintenant. Il me semble que la plus importante c’est la 45ème, celle qui parle de « cllient-centricity ».  C’est important de coller aux attentes du client. C’est ma préférée, je crois que c’est réellement novateur comme idée.

Et j’aime aussi beaucoup l’initiative 48bis, celle sur le lancement de la « démarche de progrès continu », le lean management. Ce sont des ateliers bottom-up très novateurs où les salariés choisissent eux-mêmes celui qui va être licencié, comme ça après ils ne peuvent pas dire qu’ils n’étaient pas d’accord. C’est très astucieux. J’ai hâte de préparer les slides pour expliquer le concept à toute l’entreprise !  

 (Le téléphone de Clotilde sonne)

Clotilde des Aulnayes : Allo ? Ah Aymeric, oui j’attendais ton appel. Non tu ne me déranges pas du tout. (d’un ton cajoleur) tu ne me déranges jamais, Aymeric. (elle opine, ca dure très longtemps). Oui je suis d’accord. C’est un point important il faudra le régler. (elle opine encore en minaudant). Oui tu as raison on pourra en faire livrer.

Frédérique Bredouille (patiente en lisant sa documentation dépliée – d’un ton timide) Clotilde ?

Clotilde des Aulnayes (lui faisant les gros yeux et lui faisant signe de se taire) : C’est très important.Chuut.

A Aymeric: oui Aymeric je suis d’accord. Bon pour les nappes on doit en parler à Mère je pense que la dentelle de Calais serait plus adaptée.   Bises mamoure. Oui (elle glousse) oui bien sûr mamoure. (elle raccroche enfin).

Frédérique Bredouille: Donc nous avons une cinquantaine d’initiatives à déployer, cela représente une somme de travail considérable, et les délais sont tendus. Nous devons nous mobiliser. J’ai réservé une salle de réunion pour ce week-end, nous pourrons nous y installer pour travailler ensemble.

 Clotilde : Ah ce week-end je suis à la Baule chez belle mâmâân cela ne sera pas possible.

Frédérique Bredouille : Ah ! cela va être compliqué alors, nous travaillerons tard vendredi ? Nous devons rendre notre copie lundi matin pour l’EXCOM, et il y en a au moins pour 220 heures de travail !

 Clotilde : Oui mais vendredi mon train est à 16h. De toutes façons inutile de stresser je vais téléphoner à Hubert.

Frédérique Bredouille : Hubert des Aulnayes de Sarasse, le secrétaire général du groupe ?

 Clotilde (l’air atterré) : Oui, évidemment !

(elle décroche) Allô Hubert ? Oui c’est Clotilde. (elle minaude). Oui je sais ce n’est pas toujours facile avec Mââmâân mais on avance . Oui vous viendrez à la Baule ce week end, on fera une régate ce sera sympââ. Dis-moi Hubert le truc des initiatives du global c’est pour lundi, vraiment ? C’est à l’ordre du jour ? Ha oui c’est ce que je pensais. Oui ok je vois. Bon merci très bien. A samedi alors ! Bises.

 Clotilde (elle raccroche): C’est bien ce que je pensais. Ce n’est pas à l’ordre du jour de l’EXCOM de lundi. Les documents doivent figurer dans les annexes qui sont distribuées en pré-read mais personne ne les lit jamais. 

Frédérique Bredouille : Ah bon ? Mais Jean-Guy K Pinchon m’a dit que c’était pour l’EXCOM de lundi ?

Clotilde : Non, le point essentiel de l’EXCOM de lundi c’est le rajout des radars de recul aux Audi du plan société. Jean Guy le sait parfaitement c’est lui qui fait les ordres du jour. Donc voilà. Moi, je peux vous faire la première planche et puis vous  vous continuez vous faites les 212 autres sur le même modèle. Comme ça je peux partir à l’heure vendredi. (elle se penche dans son magnifique sac Vuitton posé à terre et en sort un gloss Guerlain – elle se badigeonne la bouche. Frédérique la regarde, fascinée)

Frédérique Bredouille : (le nez dans ses documents) Pour « Client Centricity » on pourrait illustrer ça en mettant le mot « client » au milieu de l’image d’une galaxie ? Ca serait sympa. L’image de la galaxie aura beaucoup d’impact je crois. Il faut en effet que les équipes se focussent , hmm ? , se foquisent , hmm ? , se focalisent sur le client. Après tout c’est lui qui achète, hein !! « Tous au client » ! TAC !

 

 

Clotilde : Ben voilà on va mettre une image de galaxie. Et un gros C sur le soleil au milieu, pour dire que c’est le client qui est au centre. Ou le Customer. Enfin c’est pareil.  Parfait !  Bon nous avions autre chose à voir ensemble ? J’ai des appels importants à passer pour organiser l’anniversaire de mariage de Mamâân et Pââpââ, nous serons 345 dans notre maison de Normâândie

 (Passant la tête par la porte, Hubert des Aulnayes de Sarrace, le secrétaire général de FUK  et oncle de Clotilde): Salut les miss, ça avance la coordination transverse ? Faut déployer toutes nos initiatives du global hein ! Le global c’est pas des tendres (avec un clin d’œil)

Frédérique Bredouille  : Ah Mr Des Aulnayes ! Je voulais vous toucher deux mots de l’initiative 45 sur la « Client-centricity » que je trouve fondamentale…

Hubert des Aulnayes de Sarrace (la coupant) Oui tout à fait, c’est passionnant, on en reparle, hein, faites-moi un memo  pour lundi matin 8heures ! …..Ha ma petite Clotilde c’est toi que je venais voir, viens  il faut que je te parle 5 minutes.

 Clotilde (avec un grand sourire) : J’arrive Hubert

Frédérique Bredouille (se replonge dans la lecture de sa documentation)

 (Vingt minutes plus tard Clotilde réapparaît).  Clotilde : Hubert vient à l’anniversaire de mariage de Mââman, nous avions quelques points de détail à clarifier. (Regardant sa montre) : Ha ! mais je dois filer, j’ai un dîner ce soir, un enterrement de vie de jeune fille et je serai témoin le mois prochain! (Elle part en claquant la porte).

Frédérique Bredouille : Quelle vie sociale intense cette Clotilde tout de même! 345 invités pour un anniversaire de mariage c’est impressionnant ! (Rêveuse) Pour fêter les 15 ans de la mort de mon père l’année dernière ma mère avait acheté des crackers Belin…c’est bon les crackers Belin. (Allumant son PC, qui fait apparaître sur l’écran des slides grisâtres remplis de tableaux excel) Bon, attaquons, nous avons du pain sur la planche. Plus que 456 tableaux de bord à remplir pour renvoyer aux gens du global. Courage. (le bureau sombre dans le noir on ne voit plus que l’écran allumé)

 

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30 avril 2015

Stand Up

Coucou les amis 

Je me produis à la "scène ouverte" du SoGymnase mardi 5 mai à 21h30 (Théatre du Gymnase sur les grands boulevards)

Si vous avez envie de rencontrer Frédérique Bredouille venez me voir !

Bizz

 

PS : pour ceux qui ne me suivent pas sur Twitter je me permets d'attirer votre attention sur une série de tweets qui m'ont bien fait rire moi meme c'est déjà bien

https://twitter.com/melledusk/status/593748088226983936

https://twitter.com/melledusk/status/593751576038244352

 

 

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29 mars 2015

Souvenirs souvenirs

En 2009 j'avais publié ce texte

http://ironie.free.fr/iro_139.html

 

Et David Christoffel était venu m'interviewer

http://droitdecites.org/2009/12/15/frederique_bredouille/

 

C'était il y a 6 ans mais ça reste d'actualité....

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19 février 2015

Line Chaine est mutée

Suite de ma télénovela a la Défense....


 

(Janvier – 19h : Frédérique passe la tête dans le bureau de Line qui n’est pas facile à trouver car il est en enfilade derrière trois autres bureaux, dans un angle de la tour)

 Line : Salut Frédérique !

Frédérique Bredouille : Salut Line ça va ?

Line : Ah Oui c’est génial tu sais que depuis qu’il y a eu la nouvelle organisation de décembre, je pilote toute une équipe en amérique latine, je suis ravie. Je viens d’être promue c’est génial ! J’ai 100 personnes sous ma responsabilité ! Je leur ai mis la pression, il faut que je sois à la hauteur

 Frédérique Bredouille : Quelle chance ! Tu sais que j’ai travaillé sur cette organisation ? On a appelé ça « Follow the sun ». Ca veut dire que les premiers à travailler sont en amérique latine, ensuite ils passent le travail à l’Europe puis à l’Inde. C’est très optimisé. Par exemple les mexicains font les 20 premières pages du powerpoint, les allemands les 20 suivantes, et les indiens font les tableaux excel à la fin du document. Après un anglais relit pour être sûr que ça veut dire quelque chose.

 Line : Génial ! Bon je te laisse il est 19h je commence les conference calls avec mon équipe ils viennent d’arriver au bureau

Frédérique Bredouille : Salut Line à plus

(Avril  10h du matin : Frédérique passe la tête dans le bureau de Line qui n’est pas facile à trouver car il est au rez-de-jardin de la tour derrière le bureau des hôtesses)

Line : Salut Frédérique ! Tu sais c’est génial tu sais que depuis qu’il y a eu la nouvelle organisation d’avril j’ai 200 personnes sous ma responsabilité, mais en Inde cette fois ! Je leur ai mis la pression, il faut que je sois à la hauteur

Frédérique Bredouille  Quelle chance ! Tu sais que j’ai travaillé sur cette organisation ? On a appelé ça « Follow the sun, NOW ». Ca veut dire que les premiers à travailler sont en Inde, ensuite ils passent le travail à l’Europe puis à l’Amérique latine. Et pour faire moins cher que l’anglais on a mis un bushman à la relecture. C’est très optimisé.

Line : Et je voulais te demander d’ailleurs pourquoi c’est « follow the sun NOW » ? Par ce qu’avant c’était « Follow the Sun » déjà ?

Frédérique Bredouille  Ben en fait on s’était fait aider du cabinet Mc Nicksey pour définir l’organisation et ils se sont un peu trompés dans le chemin que fait le soleil en fait. Ils avaient fait une modélisation théorique sur excel et après on a regardé par la fenêtre et on a vu qu’on s’était trompés de sens. Donc on a mis le truc dans l’autre sens. Voilà tu sais tout.

Line Génial ! Bon je te laisse il est 10h je n’ai plus beaucoup de temps pour travailler avec mon équipe à Calcutta ils partent tôt ils ont deux heures d’embouteillage à faire avant de rentrer chez eux, ils m’ont expliqué qu’il y avait beaucoup de nids de poule et que des gens dormaient dedans ce n’est pas aussi pratique que chez nous. Du coup je viens le matin à 4h pour profiter de leur temps de travail

Frédérique Bredouille : Salut Line à plus

(Juillet  10h du matin : Frédérique passe la tête dans le bureau de Line qui n’est pas facile à trouver car il est derrière la photocopieuse – Line pleure, la tête dans ses bras)

Frédérique Bredouille  Ben Line qu’est ce qui t’arrive ?

Line  Frédérique ! Bouh !!! Ils veulent que j’aille travailler à Shanghai !

Frédérique Bredouille. Mais comment ça ? Tu ne parles pas chinois et tu es de Limoges non ? En plus tu avais été promue.

Line Oui mais le logiciel de la RH a trouvé que mon nom avait une consonance chinoise. Line Chaîne. Ils ont dû entendre « Lin-Chen » je pense. Du coup je suis dans le programme « Go chercher bonheur ». On me propose de m’embaucher à Shanghai avec un salaire local. Frédérique je déteste les nouilles sautées !!!!! Bouhhhh !!!!!Je n’aime que le haricot de mouton !!!!! Qu’est-ce que je vais devenir là bas?

Frédérique Bredouille. (l’air embarassé) Ecoute Line je suis assez surprise…j’ai travaillé rapidement sur la programmation du logiciel de la RH et une telle erreur me paraît ….étonnante. (faisant diversion, l’air enjoué) Dis donc il est top ton nouveau bureau, bien à l’abri  du passage, et tout prêt de la photocopieuse, c’est commode ! Il faut positiver ! Et puis Shangai c’est pas si loin, c’est en zone quoi ? 3 ? Bon ça te fera une super expérience. Allez je te laisse. On t’enverra des petits mots de soutien par mail, hein…(Line redouble de pleurs) Mais non ! Ahlala tu as le nez tout sale maintenant ! Attends je prends du papier à la photocopieuse pour que tu puisses te moucher. (Elle ramène une ramette de papier A4 et mouche Line avec une feuille ). Et ne pleure pas comme ça on dirait que tes yeux sont bridés maintenant ! Déjà que tu as un  nom à consonance asiatique…..

(Le téléphone de Line sonne – elle met son casque de Voix sur IP sur sa tête)

Line Yes yes boss I do it right now no problem yes boss no problem I work until midnight but I finish today yes. (elle raccroche) Mon nouveau chef c’est un chinois il est très dur bouh…..

(Frédérique part à reculons du bureau de Line puis se met à courir dès qu’elle est dans le couloir)

 

 

 

 

 

 

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26 janvier 2015

Fixation d'objectifs

Suite de ma télénovela a la Défense....


Aujourd’hui Frédérique a rendez-vous avec son supérieur hiérarchique, Jean-Guy K Pinchon IIIrd. Elle patiente dans un petit fauteuil dans le couloir. C’est très long.

Frédérique Bredouille (s’adressant à l’assistante de Jean-Guy qui passe dans le couloir) : Madame, j’attends pour mon rendez-vous avec Jean Guy, est-ce bien à 19h comme vous me l’aviez indiqué ? Il est déjà 19h30 et je ne voudrais pas commettre d’impair

L’assistante, d’un air dur : Non c’est bien 19h mais il est encore sur un call avec le global. Attendez-la.

Un homme passe la tête dans le bureau de Jean Guy et entre en riant « Salut Jean Guy comment va ? » On entend la voix de Jean Guy rieuse « Ouais mais t’as vu le truc sur les Audi du plan société ? Quelle galère » L’homme entre dans le bureau. Il ressort une demi-heure plus tard.

Un autre homme passe la tête dans le bureau de Jean Guy. « Salut Jean-Guy ! Alors tu as pris quoi comme options sur ta nouvelle Audi ? ». Il ressort une demi-heure plus tard.

Frédérique sort des notes de sa grosse sacoche. La pendule indique 20h30. Jean-Guy sort du bureau. « A nous !….faisons vite j’ai un EXCOM a 20h45h»

Frédérique Bredouille (remballant à toute allure ses documents) : Oui tout de suite Monsieur Pinchon ! (elle le suit dans son bureau)

Jean-Guy K Pinchon IIIrd Mademoiselle Bredouille je vous ai engagée pour optimiser la latéralité au sein de notre organisation. Voyez-vous nous avons récemment mis en place une organisation à trois dimensions. Les Lignes sont verticales, les Solutions sont horizontales, les Professions sont en profondeur. Notre plan stratégique à trois mois prévoit de lancer une quatrième dimension, les Réalisations.

Cette organisation est récente, la résistance au changement est forte. Les personnels sont attachés à l’organisation traditionnelle qui était en place depuis longtemps. 6 mois je crois. Du coup, ils manquent d’agilité ….or chacun sait qu’une organisation qui n’est pas agile meurt, comme une girafe qui ne sait pas allonger son cou pour manger de l’herbe dans les arbres. « So bèzic » comme on dit chez nous !

Frédérique Bredouille Oui tout à fait je crois que c’est Darwin qui a écrit cela dans l’ »Origine des Espèces », j’ai lu un paragraphe à ce sujet dans un rapport Mc Nicksey baptisé «Courir ou mourir » je crois qu’on voyait un athlète faire une course d’obstacles sur la couverture

Jean-Guy K Pinchon IIIrd  C’est ça ! l’ »Orifice des Espèces ». Moi je l’ai vu cité dans les sources d’un rapport de chez Brain&Co baptisé de mémoire « Changer ou crever ». Vous savez, celui avec un basketteur en train de marquer un panier sur la couverture. En tous cas bravo. Je vois que vous avez de la culture.

Bref. Je compte sur vous pour nous accompagner dans l’évangélisation autour de cette nouvelle organisation. C’est pourquoi j’ai nommé votre poste « corporate evangelizer » je trouve que ça sonne bien

Frédérique Bredouille Je comprends très bien Monsieur Pinchon, dans mon poste précédent, chez Glouréal, j’étais « coordinatrice transverse ». On m’avait demandé d’optimiser la coordination pour faire en sorte que les gens parlent. J’organisais des réunions. Avec des gens. Je vous ai apporté quelques réalisations (elle étale sur la table des powerpoints dont elle a l’air très fière)

Jean-Guy K Pinchon IIIrd (ne jetant même pas un coup d’œil aux documents) « Coordinatrice transverse » ! (il lève les yeux au ciel)…. Vous êtes chez Formley&Ullbright&Kentridge maintenant. « oui are américaiine »

Frédérique Bredouille (l’air penaud) Veuillez m’excuser Monsieur Pinchon. (elle tente de faire une pile avec les documents)

Jean-Guy K Pinchon IIIrd : Pinchon IIIrd ! Je suis né à Limoges mais mon l’oncle de ma cousine était de Talahasse, Massachussets. Vous êtes dans une entreprise américaine, « never forget zisse ».

Frédérique Bredouille (l’air penaud) Veuillez m’excuser Monsieur Pinchon IIIrd.

J’ai bien noté votre patronyme ainsi que la terminologie à employer pour mon poste. J’imagine que je devrais organiser des réunions pour favoriser les échanges entre les équipes ? Faire des réunions de partage d’expérience, de créativité ?

Jean-Guy K Pinchon IIIrd Ah non pas du tout, il ne faut surtout pas faire perdre de temps de production aux équipes, chez nous ce qui compte ce sont les résultats financiers du trimestre. Donc vous allez élaborer des tableaux de bord et les diffuser à toutes les équipes. Quand toutes les entités utiliseront toutes les mêmes feuilles excel et que je pourrai visualiser les résultats d’un coup d’œil avant de partir au golf, on pourra dire que notre nouvelle organisation aura vraiment été évangélisée. « Tic in ze box ! »

Frédérique Bredouille Ah…..En termes de communication nous pourrions organiser de webcasts pour faire la pédagogie de la nouvelle organisation ? Quelque chose de convivial, d’interactif ?

Jean-Guy K Pinchon IIIrd Quelle bonne idée ! De la convivialité ! Oui nous ferons cela tous les quarters, ce seront des webcasts obligatoires j’apparaîtrai sur les écrans des PC de tous les managers à heure fixe pour leur rappeler les objectifs de Gross Operating Margin. Les objectifs de GOP s’afficheront sur l’écran en lettres rouges. Je serai moi-même devant une tenture rouge avec le logo de l’entreprise en lettre d’or. Cela sera parfait ! « Awesome » ! (ses yeux se perdent dans le vide)

Frédérique Bredouille Nous pourrions même le faire pour l’ensemble des collaborateurs ?

Jean-Guy K Pinchon IIIrd Non. Jean-Guy K Pinchon IIIrd ne parle qu’aux managers.

Ah j’oubliais : vous aurez de l’aide en la personne de Clothilde des Aulnayes votre stagiaire. Une jeune femme formidable.

Frédérique Bredouille Ah ! Est-elle de la famille d’Hubert des Aulnayes de Sarasse le secrétaire général ?

Jean-Guy K Pinchon IIIrd  (levant les yeux au ciel) C’est sa nièce. Comme toutes nos autres stagiaires d’ailleurs, il a une grande famille. Autant dire que vous avez là une recrue de qualité et que vous ne devriez avoir aucune difficulté à atteindre vos objectifs

D’ailleurs vous aurez des indicateurs de performance très objectifs, comme nous tous chez Formley&Ullbright&Kentridge. Votre rémunération sera indexée sur la progression de la marge du groupe

Frédérique Bredouille Mon salaire sera directement indexé sur les résultats du groupe ?

Jean-Guy K Pinchon IIIrd  Tout à fait. La DRH a un logiciel qui calcule en toute transparence les rémunérations. On vous fait noter de façon anonyme par tous les collaborateurs une fois par an, on multiplie par la marge du groupe, on divise par le chiffre d’affaires réalisé en France moins le chiffre d’affaire réalisé au Delaware. Ensuite on entre les résultats dans ce logiciel et il détermine votre salaire. C’est très scientifique et totalement objectif. Mais Mme de La Haute la DRH vous expliquera cela très bien, prenez rendez-vous avec elle.

Frédérique Bredouille Oui, justement elle m’a indiqué que j’aurai un rattachement fonctionnel avec Monsieur Sven Crouton, ainsi qu’un rattachement à Madame Esther Von Bülow qui pilote les activités européennes.

Jean-Guy K Pinchon IIIrd  Oui, enfin vous savez les RH sont des fonctions support, elles n’ont pas toujours une bonne compréhension des enjeux business. (il martèle) Je suis votre unique responsable hiérarchique. Bon l’EXCOM va commencer…(n’écoutant plus, compose le numéro du conf call sur le clavier – on entend la voix automatique de l’opératrice par le haut-parleur « You have reached the Genesys Conference Call Center. Please Dial Star 6 to enter your meeting number or Star Zero to get operator assistance ») 

Frédérique Bredouille Oui mon Dieu l’heure tourne….je vous remercie infiniment de m’avoir accordé tout ce temps. C’est très clair. Je suis vraiment ravie de rejoindre Formley&Ullbright&Kentridge je suis sûre que cela va être une expérience humainement très enrichissante

(Frédérique remballe tous ses documents qui ont été inutiles à grand peine et part sur la pointe des pieds)

Jean-Guy K Pinchon IIIrd  « Jean Guy à l’appareil. Ouais salut Jean Pierre, ça va ? Dis-moi je suis pas du tout d’accord avec le nouveau plan pour le remplacement des Audi ! Moi je voulais celle avec la caméra de radar de recul et là dans le nouveau plan l’option est payante ! Faut me changer ça hein …..»

Frédérique part dans le couloir désert avec sa grosse sacoche. Par la fenêtre on voit le parvis de la Défense plongé dans le noir

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15 janvier 2015

Entretien de recrutement

 


Mes cher lecteurs ! Bonne année ! 

En 2015 je me lance dans l'écriture de saynète 100% La Défense. Vos avis sont les bienvenus...


 

 

(Frédérique arrive sur le palier de la DRH. Mme de La Haute vient l’accueillir devant les ascenseurs. Frédérique est en sueur, échevelée, porte un gros sac à main fait dans une matière molle et une sacoche remplie de documents à ras bord. Elle renverse une partie de la sacoche sur le sol)

 Quitterie de la Haute : Bonjour Mademoiselle Bredouille, vous nous avez trouvés facilement ?

 Frédérique Bredouille : Bonjour Madame de La Haute. He bien écoutez pour être tout à fait honnête cela n’a pas été sans peine car j’ai failli être en retard car le RER s’est arrêté 20 minutes dans le tunnel juste avant La Défense, une femme enceinte a fait un malaise et il a fallu tirer le signal d’alarme. Ensuite j’ai eu un peu de mal à trouver votre tour je suis sortie par le mauvais escalator du RER A,  j’ai fait trois fois le tour du pouce de César et je me suis perdue dans le sous-sol du CNIT en avant de voir votre logo sur un panneau. Pourtant je travaille à La Défense depuis 20 ans je commence à connaître !

 Quitterie de la Haute : Décidément c’est une journée difficile. Moi-même j’ai failli érafler ma voiture dans le parking ce matin les places sont si étroites. Effectivement  ce n’est pas évident de nous trouver, car nous avons changé notre logo récemment, avec la nouvelle campagne de communication globale. Nous utilisons désormais l’acronyme des trois noms de notre ancienne marque, Formley&Ullbright&Kentridge.

Frédérique Bredouille : Oui cet acronyme c’est beaucoup plus simple à prononcer sur le marché français. FUK. C’est sharp, j’aime beaucoup.

Quitterie de la Haute : Oui c’est beaucoup plus straight to the point.

Frédérique Bredouille : D’ailleurs je voulais vous demander, votre nouvelle tagline, « Delivering optimization in a loving business environment » que signifie-telle exactement ?

Quitterie de la Haute : C’est très simple.  Formley&Ullbright&Kentridge est un acteur majeur de la fluidification du monde des affaires. Et vous conviendrez avec moi que si le monde des affaires est fluide, alors le monde dans son ensemble est fluide, comme l’eau qui coule d’une robinet, n’est-ce pas ? Et quand tout est fluide, tout va bien.

Frédérique Bredouille : C’est un raisonnement limpide !

Quitterie de la Haute  Revenons à vous. J’ai lu avec attention le dossier que m’a transmis notre chasseur de têtes Hector-Philippe de la Roubinière, de chez Farnlow&Kettle&Thornton je vois que vous avez fait de bonnes études. Sciences Pro, HacheEC c’est bien.

Frédérique Bredouille. Merci de votre feedback positif ! Oui j’ai fait de longues études.

Quitterie de la Haute : Et je vois que vous avez travaillé dans un certain nombre de sociétés du CAC 40 ? Frouge, Tatos, Glouréal, Cragemoni, ce sont de belles entreprises.  Au fait, je vous remercie de m’avoir transmis les 10 lettres de références que nous vous avions demandées. Les gens avec qui vous avez travaillé sont élogieux. (Elle passe les lettres en revue )– « Frédérique mange les dossiers comme des gâteaux », « J’ai rarement vu un tel bulldozer », « On peut la laisser cravacher toute la nuit elle est comme un lapin Duracell elle a toujours des piles », « Une fois je l’ai retrouvé qui dormait sous son bureau à 7h du matin elle n’avait pas très bonne haleine », « Elle manque de sens politique mais qu’est-ce qu’elle bosse ! »

Frédérique Bredouille. Ecoutez, oui, cela s’est toujours bien passé, j’aime beaucoup travailler hihi ! Je suis une femme de dossiers

Quitterie de la Haute : (la regardant fixement) En ce cas je vais vous expliquer notre organisation….(Frédérique ouvre son carnet et note frénétiquement – Mme de la Haute parle à toute allure)…En termes de rattachement hiérarchique vous dépendrez de Monsieur Jean-Guy K Pinchon IIIrd, mais vous aurez aussi un rattachement fonctionnel avec Monsieur Sven Crouton, ainsi qu’un rattachement à Madame Esther Von Bülow qui pilote nos activités européennes. C’est une organisation fonctionnelle par mode projet classique vous connaissez. De temps en temps il se peut aussi que notre secrétaire général Hubert des Aulnaies de Sarasse, fasse appel à vos services.

Frédérique Bredouille. Vous savez j’ai travaillé dans de grands groupes, j’ai coutume de dire que la complexité, je la mange dès le petit déjeuner ! hihi !

Quitterie de la Haute (atterrée) oui je vois. Dites-moi… je vois que vous n’avez aucune expérience d’encadrement. (elle passe la main dans ses cheveux soignés – une énorme bague de fiancailles et une bague à blason brillent furtivement devant les yeux de Frédérique – zoom sur la bague)

Frédérique Bredouille. Loin de moi l’idée de vous contrarier, mais quand je travaillais chez Cragemoni, j’encadrais une équipe de quatre indiens basés à Bengalore, ils étaient regroupés dans le Centre de Services Partagés.

Quitterie de la Haute : C’est un encadrement virtuel….Ce ne sont pas de vraies…..personnes.

Frédérique Bredouille. Nous travaillions certes par conference calls, certes, mais nous pouvions nous voir et nous formions une véritable équipe. Nous avons bu du thé chai en visio conférence pour célébrer leur fête des lumières, Diwali, c’était très convivial. Et quand j’ai eu cette grosse tumeur au front, nous avons refait une visio tous ensemble quand j’étais à la clinique. Ils m’ont expédié des cheese nan pour me réconforter. Je les mangeais en lisant les tableaux excel qu’ils m’envoyaient, je me suis remise en trois jours  malgré mon gros pansement sur l’œil gauche. Encore aujourd’hui ils me pokent sur LinkedIn !

Quitterie de la Haute : Dites-moi…vous n’avez jamais travaillé dans une entreprise anglo-saxonne ….

Frédérique Bredouille. Non, mais je parle très bien l’anglais de Bengalore maintenant. Regardez, je sais même faire le « indian wobble » (elle secoue sa tete avec les yeux exorbités, l’air ravi).

Quitterie de la Haute (l’air atterré) : Je vois. (plissant les yeux) Vous n’avez pas un problème aux yeux ? Je ne vois pas très bien vos lunettes sont épaisses

Frédérique Bredouille. Non je n’ai rien ? Ha ! Pas du tout c’est ma nouvelle ombre à paupières ! Je l’ai trouvé chez Presty Woman, la boutique de maquillage dans l’interconnection RER. J’ai trouvé cela si original, cette teinte rouille nacrée ! Je l’ai achetée exprès pour notre entretien

Quitterie de la Haute (l’air atterré) : Presty Woman. Je vois. Je suis rassurée, j’ai cru à une conjonctivite aigue. Mais dites-moi, quelles sont vos motivations pour travailler chez nous ?

Frédérique Bredouille. Ecoutez, pour moi, Formley&Ullbright&Kentridge, c’est le prestige absolu. Vous avez une telle réputation d’excellence  sur le marché. Toutes ces expertises, cela fait rêver. Et puis… un groupe américain, global, c’est véritablement le sommet d’une vie professionnelle. Rien à voir avec une entreprise française. L’amérique…. (son regard se perd)…c’est si…..exaltant ! Pour moi qui ai appris l’anglais en chantant Thriller dans ma salle de bains ! (elle chante de façon ridicule) « Sriller Sriller naïte ! »

Quitterie de la Haute (l’air atterré) : Oui nous savons identifier les talents (elle insiste sur ce mot – la bague de fiançailles et la bague à blason brillent à nouveau) – d’ailleurs je voulais vous prévenir que le salaire que vous avez demandé est un peu élevé. Vous vous rendez bien compte que notre logo sera pour vous un sésame précieux. (l’air majestueux et hautain) En vous recrutant nous vous ferions un honneur

Frédérique Bredouille. Heu… oui je suis désolée, j’avais formulé un peu au hasard vous savez. Je n’ai pas vraiment réfléchi. Je comprends bien que travailler chez Formley&Ullbright&Kentridge est un aboutissement. Je m’excuse, sincèrement.  J’attendrai votre proposition. Votre prix sera le mien. (l’air inquiet) J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ma demande initiale ! Quelle folie j’ai faite ! pour Formley&Ullbright&Kentridge ! Mon Dieu !

Quitterie de la Haute. Non, mais soyez vigilante à l’avenir. C’est toujours délicat de dire cela à une femme, mais vous êtes très expérimentée (elle insiste sur ce mot pour montrer qu’elle veut dire vieille). Fort bien. Voici la suite de notre process de recutement. Je vais organiser sept ou huit entretiens avec les parties prenantes, puis nous nous concerterons tous ensemble. En parallèle notre chasseur de tête va vous revoir pour une série de tests psychologiques. Cela prendra à peu près six mois. Au terme de cette période je vous tiendrai au courant de la suite que nous donnerons à votre candidature. (elle se lève). Ah faites attention votre jupe est déchirée.

Frédérique Bredouille. Heu… non, c’est le modèle qui est comme ça, j’ai trouvé ça original ce coté destructuré, ça vient de chez Pecca Mode

Quitterie de la Haute. Pecca mode ?

Frédérique Bredouille. Heu… vous savez les boutiques du RER ?

Quitterie de la Haute. Je vois…nous n’avons rien de tel au Vésinet. (à elle-même - Dieu soit loué !) Je vous raccompagne (Frédérique se dirige vers la porte des toilettes). Mademoiselle Bredouille, ce n’est pas la sortie ! Les ascenseurs sont par ici.

Frédérique Bredouille. Eh bien j’ai été enchantée de vous rencontrer

Quitterie de la Haute. (sourire crispé). Nous reviendrons vers vous, comme convenu.

(Frédérique s’engouffre dans l’ascenseur et manque de se faire couper en deux par la porte – tout le contenu de sa sacoche se répand sur le sol)

 

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04 septembre 2014

1013

Les petits zamis Tata Dusk a passé la barre des 1013 followers sur Twitter cet après-midi.


 

 

Je vous enjoins donc à me rejoindre sur cette excellente plateforme de micro-daubing plutôt que d'attendre ici un hypothétique billet que je n'aurai jamais le temps de rédiger. 

(oui j'avoue j'ai surfé sur les histoires de caleçon de notre président pour atteindre ce mirifique résultat, ce n'est pas en parlant de la fin du travail et des lois Hartz que j'allais rameuter autant de gens. Il faut savoir faire de la démagogie de temps en temps. Enfin pour une fois je n'ai pas montré mes seins c'est déjà ça). 

Je vous attends nombreux @melledusk

Bises ! 

 

Tata

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06 février 2014

Le chômage c'est réglé

En France tout le monde se lamente sur le fait qu’il faut réduire le chômage et créer des emplois. Selon le cabinet Mc Insee, plus de 2 millions d’emplois seront non pourvus en France à horizon 2020 du fait d’un déficit de compétences : nous ne disposons pas des compétences nécessaires à notre système productif, alors même que nous allons à grands pas vers l’économie du quaternaire et que de nombreux bouquets de solutions sont à inventer.

Comment résoudre ce problème ? C’est très simple.

 

  • Flexibilisons le marché du travail

Dans un monde de pay-per-use, le CDI est totalement obsolète. Il est temps de passer au people-per-use. Pourquoi ne pas faire signer un avenant à tous les titulaires d’un CDI, qui les transformerait  en auto-entrepreneurs, payés en chèques emploi services. Equipés d’un objet communicant low cost comme un Alphapage, il deviendrait possible de les bipper si la moindre tâche à réaliser se profile. Pour faire en sorte qu’ils soient plus réactifs, on les installerait dans une sorte d’espace de co-working co-brandé avec Quechua, avec vue sur la Seine, sous le pont de Neuilly à proximmité des employeurs potentiels de la Défense. Ce modèle s’inspirant du régime des intermittents du spectacle, sur le plan salarial, on pourrait aussi s’inspirer des métiers du spectacle, avec une rémunération « au chapeau », en fonction de la satisfaction du consommateur final.

 

  • Réduisons la population active

 

Les femmes sont agréables à regarder, en tout cas pour certaines, mais dans les entreprises elles sont toujours occupées à des fonctions support, comme le secrétariat, la communication et les ressources humaines, ce qui revient au même. Or ces fonctions décoratives ont été réduites du fait de la crise. Pourquoi ne pas supprimer toutes  les incitations fiscales aux gardes d’enfants, ainsi que toutes les crèches, afin de faire rentrer les femmes  à leur domicile ? On peut aussi proposer un programme d’insémination des célibataires, avec des doses de sperme livrées par DHL dès qu’une abonnée au site Adopte un Mec reçoit un charme. Pour les handicapés et les seniors, une série de marches glissantes doublée d’une bonne porte à tambour au pied de chaque immeuble tertiaire permettrait de se débarrasser d’eux à moindre frais.

 

  •  Rendons utiles les compétences inutiles

 

Qui ne s’est jamais plaint de la vacuité des conversations lors d’un dîner familial ? Pourquoi ne pas proposer la location à l’heure d’un sociologue qui viendrait apporter un éclairage opportun à la conversation ? On pourrait coupler cette offre avec la livraison d’une pizza ou d’une blanquette, ce qui permettrait d’économiser en termes d’immobilisations puisque le sociologue monterait à l’arrière de la mobylette du chauffeur livreur. Les ethnologues et autres anthropologues, pour peu qu’on les équipe d’un petit décodeur qui permet de comprendre ce qu’ils disent, font toujours leur petit effet, ce qui est toujours mieux que de les laisser se morfondre dans les tours amiantées de leurs universités d’origine. Si les clients s’avèrent réticent à payer le surcoût induit par la présence du sociologue et préfèrent manger leur pizza tranquillement en regardant Confessions Intimes, on pourra toujours prévoir un dispositif de type « chèque-emploi sociologue » pour inciter à l’achat.

 

  • Redorons le blason des métiers manuels

 

Chacun sait que dans ce pays il est impossible de trouver des chaudronniers, des fondeurs, des bobiniers, des soudeurs. Alors qu’il suffit de visiter une fonderie pour se rendre compte que cette ambiance virile, réchauffée par le métal en fusion, chaussures de sécurité aux pieds, masque anti-poussière sur le visage, devrait faire rêver tous les écoliers de France ! Il faut donc rendre l’option chaudronnerie obligatoire dans toutes les sections littéraires du Bac.  Ainsi, les polonais auront bientôt beau jeu de nous narguer avec leurs camionnettes pleines de simples soudeurs, car on rêvera dans toute l’europe de nos jeunes philosophes-chaudronniers capables de manier à la fois le fer (à souder) et la joute oratoire.

 

  • Repensons l’éducation et l’orientation

 

Il est indispensable que l’éducation française ait une vision plus adéquationniste, c’est-à-dire qu’elle produise les compétences adaptées au système productif. Pour ce fait il suffit de mettre en place un système de parrainage dans lequel chaque entreprise du CAC40 prendrait sous son aile une université. La Sorbonne serait ainsi relocalisée au rez-de-dalle de la tour Total à la Défense, Paris VII Diderot dans la cantine d’Areva, et l’EHESS dans des Algeco sur le parking d’Atos à Bezons. Plutôt que de produire des thèses que personne ne lira jamais, les étudiants pourraient produire des plaquettes commerciales et produire des slides powerpoint, ce qui pour le coup serait utile. Ils en profiteraient pour apprendre les règles de bonne conduite en conference call, le respect de la hiérarchie intermédiaire, la durée des processus de validation, et le goût du céleri rémoulade à la cantine.

 

Pour les compétences obsolètes ou en voie d’obsolescence, comme les développeurs Joomla ou Flash par exemple, recyclons les dans les services à la personne. Ils feront merveille en sortie d’école pour rebooter l’ordinateur de Barbie.

 

  • Surveillons mieux les chômeurs

 

Pôle Emploi est insuffisamment équipé pour surveiller les chômeurs : profitons de notre entrée dans l’ère de la « Silver Economy » (économie du vieillissement et de la dépendance) pour mettre à contribution nos personnes âgées.  Plutôt que de toujours vouloir télésurveiller nos personnes âgées, renversons la proposition, et affectons leur à chacune un chômeur à surveiller par webcam, d’autant qu’elles se lèvent tôt, elles.

 

 

En conclusion, et pour parachever ces quelques propositions, la suppression de l’impôt sur le revenu, de l’ISF, des droits de succession, de la TVA sur le BTP et la restauration, l'ouverture de la totalité des commerces 7j/7, 24h/24, l'allocation systématique d'un Crédit Impôt Recherche de 2 ME via un portail web à tous les entrepreneurs justifiant de quatre quartiers de noblesse, et revoilà la croissance et l’emploi !

 

 

 

 

 

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02 décembre 2013

Kapital humain

Tout le monde en France se lamente sur le chômage, cette fatalité. Effectivement il s’agit bien d’une fatalité, au sens de fatum, le destin. Le chômage EST le destin des travailleurs. (Au passage il est judicieux d’employer le mot travailleur et non celui de salarié, car si l’on fait la somme des CDD, Intérimaires et travailleurs indépendants en Europe, on atteint déjà 30% de la population active).

 

Les entreprises n’ont jamais trop aimé les travailleurs. D’ailleurs elles les rangent au poste « charges » comme le demandent  les référentiels comptables internationaux, et pas au poste « actifs », là où sont rangées les machines. Et pour cause : autrefois les travailleurs se syndiquaient,  brulaient des pneus devant les usines et séquestraient les patrons,  aujourd’hui ils sont « désengagés », se moquent de leur entreprise sur Twitter sous le pseudo de Fantômette, ou pire collent des virus dans les ERP en se prenant pour Jean Moulin. On ne peut pas les vendre facilement quand on fait une belle opération de fusion acquisition : ils font tout capoter en démissionnant, tout ça parce qu’ils ont peur de se faire racheter par un fond d’investissement. Et quand, en désespoir de cause, on se contente de les installer à Bezons, là où les mètres carrés sont nettement moins cher qu’à Neuilly, ils font grimper le taux d’absentéisme de 15%, au motif qu’il faut 4h de transport pour atteindre le site. Du coup, on en vient presque à regretter  l’époque où on pouvait les ranger les uns contre les autres comme des cuillers dans un grand bateau et les envoyer ramasser des bananes à  Hollywood.

 

Pourquoi  donc les entreprises ont-elles eu besoin de travailleurs au départ ? Pour effectuer différentes tâches qu’ils étaient seuls à pouvoir effectuer à l’époque concernée, comme labourer des champs, fabriquer des voitures, faire des recherches documentaires, de l’audit financier, ou dessiner des flèches qui s’enculent sur des powerpoints. Aujourd’hui, tout cela est réalisé par des machines : tracteurs géants, usines robotisées, Google, logiciels pieuvres qui font des audits, slides de process en libre accès sur des sites web. Dans le domaine des services à la personne, le robot Asimo de Honda viendra bientôt nettoyer le derrière de Tata Yvette à la place de Mme Coulibaly. Espérons juste que Tata saura régler la vitesse de la brosse rotative pour éviter de se retrouver avec un masque facial malodorant.  

« Mais il faudra toujours des ingénieurs pour programmer tout ça ! », mugissent  les mères de famille qui poussent leurs enfants à faire l’X à coup de soutien scolaire Acadomia. Oui. Il en faudra deux, ils auront fait le Harvard et le MIT, ils seront triathloniens, ils s’appelleront Zach et Pritpal, et ils travailleront  à Mountain View. Point barre. Tous les autres, les aspirants polytechniciens du monde entier, se sentiront subitement accablés d’un sentiment d’infériorité, et gavés de films sur Wolverine et ses super pouvoirs, s’endetteront chez Cofidis pour s’acheter chez Darty des exosquelettes Ekso Bionics et des barrettes mémoire pour la tête HP, achats somme toute superfétatoires pour regarder Confessions Intimes en mangeant des chips dans son canapé.

 

Quelques tâches restent pour le moment le domaine réservé des travailleurs. En voici la liste exhaustive.

La séduction (dite « branding ») : on a toujours besoin d’une jolie fille sur le capot d’une voiture au salon de l’auto, et les médecins généralistes se souviennent avec émotion des visiteuses médicales de Servier  qui parlaient si bien du Mediator la bouche pleine de sperme. Dans le même ordre d’idées, des armées d’homosexuels s’affairent en ce moment même sur le shooting du prochain spot pour l’Iphone 7.3_XST qui sera révolutionnaire car il disposera d’une fonction thermomètre.

L’aléas : les meilleurs directeurs de la stratégie ont du mal à prévoir les tsunami, et quand les robots qui réparent les centrales nucléaires cassées tombent à leur tour en panne à cause de la radioactivité, on est toujours content de pouvoir envoyer les « bio-robots », à savoir les humains, en faisant confiance à leur sens du sacrifice. Dans des cas moins graves, un pic de charge sur un site de production par exemple,  les travailleurs intérimaires sont appelés à la rescousse, pour maintenir la qualité que les machines en surchauffe ne savent plus livrer.

Les réclamations : les travailleurs sont parfaits pour jouer les Monsieur Malaussène au comptoir du SAV de Darty. Ledit comptoir est désormais saturé de Tantes Yvette couvertes d’excréments,  un robot Asimo  en court-circuit dans leur caddie, et de taupins la bite coincée dans leur exosquelette, parlant en araméen car  leur mémoire HP a grillé.

(A noter qu’en matière de relation client, le casting systématique de personnels originaires du Maghreb dans les centres d’appel  dédiés au SAV n’est pas forcément une bonne idée : ces ethnies sont très fières et se brusquent pour un rien, ce qui conduit la plupart des appels à des opérateurs télécom  à des conclusions du type « Vous m’insultez Mdame je vais raccrocher j’aime pas qu’on m’insulte Nan mais Biiiip». Cela dit c’est peut être fait exprès pour limiter la durée moyenne de communication).

Le dernier cas de figure est celui du luxe, dans lequel on a besoin d’une armée de larbins pour fabriquer un yaourt sur coulis de betterave, qu’on vendra 200 euros rue de Grenelle  à un membre du Conseil Economique et Social amateur de « cuisine légumière ».

 

Ces quelques cas mis à part, quand on voit un travailleur s’affairer à sa besogne, il suffit de s’abonner à Sciences et Vie Junior et d’attendre un peu: une belle innovation disruptive viendra sous peu lui régler son affaire. Pour plus de sécurité et pour gagner du temps, on prendra soin de financer la recherche fondamentale, d’exercer un lobbying efficace pour s’assurer du bon fléchage des financements publics, et de siphonner tout le crédit impôt recherche : nos braves chercheurs du privé comme du public se concentreront ainsi de façon certaine sur le sujet qui compte, à savoir l’éradication de notre besogneux collaborateur. IBM travaille ainsi en ce moment même sur une version « Mouloud » de son robot Watson, qui sera capable de remplacer avantageusement un employé de centre d’appel français « Vous m’insultez Mdame j’vais raccrocher j’aime pas qu’on m’insulte syntaxerror Biiiip ». Quant aux adolescents occidentaux, nombre d’entre eux préfèrent se masturber sur la photo de la fille bleue d’Avatar, ou la section Hentai de You Porn, que sur celle de Scarlett Johansson, cette future chômeuse à grosse bouche.

 

Ainsi va l’ «innovation gap», qui assure une bonne répartition des tâches : à l’entreprise l’innovation, au travailleur devenu chômeur le gap, bien profond si possible. Cela dit c’est pour ce dernier une belle opportunité de rebondir, et de se mettre à son compte dans une activité de recyclage de déchets trouvés dans les poubelles du métro Croix de Chavaux. Un peu comme les ferrailleurs de la « Juggaad » indienne, qui réparent leurs touk touk avec du fil dentaire, et qui font tant rêver dans  les organisations patronales en ce moment.  Le retour à la bonne vieille cueillette, mais en version souterraine en somme, ce qui permet de libérer de l’espace à la surface.

 

Si le capitalisme était un humanisme, ça se saurait depuis le temps. 

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20 octobre 2013

Pourquoi l'entreprise est bête ?

En ce moment on entend partout parler d’ « économie de la connaissance ». Apparemment nous allons entrer dans une nouvelle ère dans laquelle nous allons tous devenir des salariés « sachants » et dans laquelle les entreprises vont devenir très intelligentes. Permettez-moi d’exprimer un doute.

L’entreprise est consanguine

Pour être intelligente, l’entreprise ne recrute que des diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieur. Qu’est-ce qu’une école de commerce ? Une école conçue par la chambre de commerce, donc par des entreprises, pour former ses futurs cadres. Dans cette école aux frais d’inscription coûteux entrent majoritairement des fils de cadres, qui apprennent à faire des soustractions et des divisions, toujours les mêmes, qu’on appelle des « ratios » pour faire savant. Nul besoin de connaitre l’addition pour faire HEC, la soustraction suffit. Sur le plan conceptuel leurs professeurs, issus de l’entreprise, leur parleront de la brillante façon dont ils ont lancé Ultra Doux en 1982, avec des sanglots dans la voix. Un peu de sport pour l’esprit d’équipe, un bureau des élèves pour les pics hormonaux, et l’affaire est dans le sac, nos fils de cadres sont prêts à encadrer. (Encadrer qui c’est plus compliqué car il ne reste que des robots dans le secondaire et que l’automatisation est en marche dans le tertiaire, mais c’est un autre sujet). Consanguins jusqu’au trognon, nos petits amis les jeunes « cadres » applaudissent dans des réunions sans fin ou on leur annonce qu’il faut appliquer les valeurs de l’entreprise « Enhance profitability, Be compliant, Love». Même si les plus jeunes émettent quelques doutes, ils sont dans l’incapacité totale de remettre en question quoi que ce soit dans le système dans lequel ils évoluent, puisque ce week-end ils partent à la Baule chez belle maman qui est si sympââââ et qu’ils croiseront sûrement le PDG à un barbecue.  « La Bretagne ça vous gagne ». Enfin « la Bretagne c’est la gagne » plutôt. Comme dans la vieille série les Visiteurs, et pour encore plus de sécurité, nos amis consanguins se reconnaissent entre eux grâce à une de ces petites bagues à blason qu’ils portent au petit doigt. Faites le test : regardez toutes les photos de PDG annonçant des plans sociaux dans la presse dans les 10 dernières années. Les deux tiers portent cette bague.

L’entreprise ne sait rien faire

L’entreprise ne recrute que des temps partiel, des stagiaires, des intérimaires. C’est le salariat, mais en mode « pay per use ». Ou bien des free- lance, c’est mode, surtout pour refaire le logo ou le site internet. Pour faire chic on appelle ça des « slashers », ce qui veut dire qu’ils sont graphistes le matin et diététiciens le soir. Ils sont surtout crève-la-faim toute l’année.

L’entreprise fait aussi appel à des sous-traitants issus de SSII sinistres - des droopy  grisâtres en chaussettes mickey - qui restent travailler tard quand le module SAP FICO qu’ils développent à grand peine buggue, à des consultants en process reengineering - des Siri sur pattes avec des boutons de manchettes-  qui poussent du triangle sur des powerpoints usés jusqu’à la corde à force d’avoir retourné l’organisation dans tous les sens. Parfois les consultants oublient de changer la date dans le pied de page du powerpoint et on peut lire « Bossard Consultants 1997 ». Donc grosso modo on peut dire que toute la base de l’entreprise est constituée de gens qui ne connaissent pas le métier de l’entreprise, ni le secteur ou la filière dans laquelle elle évolue.

L’entreprise adore conclure des alliances et des partenariats avec d’autres entreprises, comme ça elle fait croire au client qu’elle sait faire quelque chose alors que ce sont des start-ups ou des centres de recherche qui inventent des trucs pour elle. Après elle dit « c’est moi qui l’ai fait » comme Valérie Lemercier dans la pub pour une vielle quiche 80’s. En général elle a acheté le brevet, et les gars de la start up se sont sauvés au bout de 6 mois passés à bouffer du Deroxat pour réussir à venir bosser à la Défense. Ne reste plus qu’à trouver une nouvelle start up à acheter en regardant les annonces sur Le Bon Coin.

Le middle management est composé des fils de cadre (les enfants du voisin du PDG en Bretagne) dont on a déjà parlé, qui ont passé trois ans à glander et baiser sur le plateau de Saclay.

Quant au PDG  lui-même il n’a qu’une compétence : lire des reportings sur excel et regarder si la bottom line est très bottom ou pas trop bottom ce mois-ci.  Un petit programme développé en Inde lui fait apparaitre la case en rouge si c’est très bottom. En ce cas  il lancera un grand programme (un mail) qui consiste à dire au middle management qu’il faut mettre un peu la pression sur les free-lance parce que franchement ces gens-là on en ramasse à la pelle, c’est des crève la faim quand même. Comme ça on refait le site web pour demain matin ou on change de nom et hop ! les clients croiront que maintenant on vend des choses qui servent à quelque chose. Si les free-lance n’arrivent pas à refaire le site en une nuit c’est que ce sont des fainéants puisque de toutes les façons on ne connait rien à leur métier et qu’on a un doute sur le fait qu’ils sachent faire quelque chose qui sert à quelque chose.

L’entreprise est conforme

L’entreprise adore se moquer de l’état qui fabrique trop de lois et de contrôle, mais elle-même adore  inventer des processus, les documenter, et les faire appliquer par des fonctions qui ont uniquement vocation à vérifier la conformité au processus qu’on a inventé. Ces fonctions de contrôle ne nécessitant pas trop de jugeotte, puisqu’il suffit de contrôler point à point la conformité de ce qui est fait par rapport au processus dessiné par le consultant, comme quand on joue au jeu des 7 erreurs, on pourra les confier aux jeunes issus d’écoles de commerce, que l’on baptisera du terme pompeux de « middle management ». On occupe ainsi utilement le fils de son voisin en Bretagne sans lui faire mal au crâne. La crise venant on commence à se demander si on ne va pas réduire un peu cette couche intermédiaire de management qui coûte bien cher quand même, même si c’est le fils de notre voisin, d’autant plus qu’on va coller des robots partout.

On n’aura qu’à déclarer qu’on va faire « une organisation plate », « une organisation en mode 2.0 », ça fera très très chic dans les journaux RH. Une "organisation pizza", quoi.  Et fils du voisin on pourra le recaser en Asie sur un marché en croissance ça lui plaira il bourra se taper deux trois chinoises pendant sa période d’expatriation, elles ont la chatte étroite, ça lui rappellera le plateau de Saclay et ça fera chic sur son CV.

Enfin l’entreprise a aussi très peur de dire des bêtises à l’extérieur, c’est pour cela qu’il est totalement vain d’aller dans une conférence où s’expriment des chefs d’entreprise. Autant manger une bonne assiette de plâtre !

L’entreprise est bête, parce qu’elle est faite pour être bête. Donc l’économie de la connaissance ne peut pas venir d’elle, à moins d’être une imposture.

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01 juin 2012

Peau Aime

 


Il fût un temps où j’avais beaucoup d’admirateurs.


 

Les  hommes fantasmaient beaucoup sur moi. Je ne tentatis pas de les dissuader, mais je ne les incitais pas non plus, j’en avais pris mon parti (beaucoup plus tard j’ai compris qu’avoir mis mon cul en libre accès avait probablement favorisé ce phénomène, et qu’il ne fallait pas confondre vénération et vénérologie).

Je travaillais en ce temps là à La Défense. J’y travaille toujours . (Je tiens d'ailleurs à y mourir et à y être enterrée).

Je recevais en moyenne un bouquet de fleurs par semaine. Cela allait du bouquet standard acheté à Franprix au bouquet de roses raffinées d’un grand fleuriste parisien. Il y avait toujours une petite carte dans le bouquet.

 « Je vous ai vue ce matin sur le quai du RER, vous portiez votre sac à ordinateur, vous étiez si émouvante , quelque chose me dit que nous devrions nous parler, faire l’amour faire l’amour nous nous rencontrerons »

« Votre sillon naso-génien va si bien avec vos lobes c’est exquis »

«  Vous êtes si bonne c’est si rare »

 En général ma collègue Caroline me faisait un clin d’œil discret et un peu moqueur. « Alors ce matin c’était ambiance poésie ou lascar?  :  J’te kif ma quiche ?  ou  j’aime ta couenne ?  ». Caroline n’avait pas un physique facile, j’en déduisais que son ironie venait d’une douleur rentrée. J’avais observé que les gens qui faisaient de l’humour étaient souvent des écorchés vifs, or Caroline souffrait d’une dermite séborrhéïque qui la faisait effectivement ressembler à un écorché de cours d’anatomie. Elle n’était pourtant pas très drôle, comme toi toute loi a ses exceptions.

 Je répondais en général « Mais non tu sais bien que tout cela n’est qu’enfantillage ! Ces hommes savent bien que je suis totalement inaccessible». C’était totalement faux, car à l’époque j’étais en open-bar, même au-delà de l’happy hour. Mais je veillais à préserver ses sentiments, car on m’avait dit qu’elle vivait avec une perruche pour toute compagnie et chacun sait que la conversation d’une perruche est limitée, même sur Skype.

 Elle faisait aussi des remarques sur le fait que je me parfume au « Rahat loukoum » de chez Serge Lutens avant de partir déjeuner, et que mes cheveux soient humides à mon retour. Je lui expliquais que j’étais très assidue au gymnase club, malheureusement ma silhouette de motte de saindoux et mes séances de pointages de facturettes carte bleue dans divers hôtels 2 étoiles de Puteaux me trahissaient.

 Ce matin-là, un nouveau bouquet fût délivré à l’accueil, qui portait une inscription assez proche de ses prévisions « Pour toi Frédérique, un de ces poèmes que ta peau aime – signé Kevino »

 Je précise à toutes fins utiles que je n’avais jamais eu de relations intimes avec un quelconque Kevino. Il s’agissait à l’évidence du stagiaire en informatique qui devait occuper son temps à fantasmer sur moi, pendant un des fréquents reboots du data center. La totalité de l’infrastructure informatique du groupe était désormais gérée en inde, et lors des pannes fréquentes, Kevino avait pour seule instruction de tout rebooter. « Reboot and if not work revert to me the same – best regards, Satish ». Comme chaque reboot prenait en moyenne deux jours, cela lui laissait du temps pour laisser son esprit divaguer sur les femmes mûres de la tour.

 Je tendis la carte du jour à Caroline « Regarde, ça ressemble à ce que tu avais imaginé l’autre jour, une rime en aime »

 Subitement, les yeux de Caroline s’injectèrent de sang « J’avais dit j’aime ta couenne, c’est une rime en N, pas en M, N comme la haine, tu te prends pour une reine avec tes poèmes alors que t’es qu’une naine. Et en plus t’es une manager de merde tu me fais faire tous les trucs ingrats»

Alors que l'utilisation du mot ingrat déclenchait en moi une réflexion sur l’instabilité psychique des personnes au physique susnommé, Caroline m’agrapha les deux narines ensemble. « Tiens, fini les bouquets, tu ne pourras plus jamais profiter de leur fumet ». Comme je n’avais plus de narine mais encore une bouche, je me permis de répondre « On ne dit pas fumet pour un bouquet on dit parfum ».

 Caroline se précipitait pour me perforer la bouche avec la trouyauteuse lorsque Kevino entra dans la pièce : « Alors les meufs vous n’avez pas aimé mon poème de ce matin ? » « J’ai hésité entre Ces poèmes que ta peau aime  et  J’aimerais te claquer la couenne pour faire passer ma haine ». Mais je vois que ça ne vous a pas plu ? Frédérique pourquoi t’as les deux narines agrafées ? C’est le stage anti-tabac de l’infirmerie ?

Caroline se précipita à l’étage de la DRH pour faire une crise de nerfs devant son bureau. Lorsqu’en transe elle se mit à tourner sur elle-même jusqu’à faire fumer la moquette neuve, la scène me fit penser furieusement à ACDC au Stade de France. Heureusement elle était en intérim et on pût immédiatement se débarasser d’elle, tandis que je me drapais dans ma dignité de CDI diplômée. L’agence d’intérim m’envoya d’ailleurs un bouquet avec ses plus plates excuses « Mme Bredouille, par cette bafouille nous nous excusons de vous avoir envoyé cette nouille ».

 Moralité : C'est le bouquet.

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29 mai 2012

Galilée

 


Jésus se promenait tranquillement au bord du lac de Tibériade.


 

« Tiens, se dit-il, si je me pêchais un petit calamar pour faire griller sur une pierre ? Ca fait longtemps que je n’ai pas mangé de calamar et j’en ai marre du hoummous ».

Aussitôt dit aussitôt fait, voilà Jésus assis au bord du lac avec un hameçon qui attend le passage d’un calamar en se pourléchant les babines à l’avance.

De retour de Capharnaüm, Pierre, qui passait par là, lui lance un sonore « Salut Jésus, tu pêches l’anguille ? ». « Non, lui répondit Jésus, le calamar ».

Pierre s’esclaffe : « Mon pauvre Jésus, il n’y a pas de calamars dans un lac, ça ne pousse que dans la mer c’est bien pour ça qu’on les cuisine à l’armoricaine. Plutôt que de perdre ton temps viens donc à la maison manger une tartine de hoummous ma femme vient d’en fabriquer avec des grains de sésame tout frais »

« Mais le hoummous ça se fabrique avec des pois chiches, pas du sésame, non?  »

Pierre (à voix basse) : « Espèce de simple d’esprit je sais bien que l’anchoiade ça se fait avec des olives, mais c’est un mot de passe pour te dire de venir chez moi y’a Marie Madeleine qui m’a proposé un plan lavage de doigts de pieds. Il paraît qu’elle fait ça directement avec ses cheveux »

« Avec ses cheveux ? Mais c’est terriblement érotique ! » répondit Jésus, les yeux ronds.

« Je te le fais pas dire espère de simple d’esprit, tu te ramènes, faut se dépêcher avant que ma femme rentre. Et puis un bon lavage, vu l'état de tes pieds ça sera pas du luxe»

Malheureusement le retard causé par cette conversation fit que les deux compères n’atteignirent Magdala (le village de Marie Madeleine) que tard dans la soirée, et qu’elle était déjà fort occupée avec Hérode, qui lui, payait en chèvres sonnantes et trébuchantes. Elle s'était fait poser des extensions pour l'occasion, c'était sa formule "premium".

Jésus rentra donc bredouille à Nazareth et fût condamné à finir une vieille jarre de hoummous avec du pain pita pour tout dîner. « Ca m’apprendra à fréquenter des pêcheurs de Capharnaüm, à l’heure qu’il est je pourrais être en train de manger des calamars frits ! Merde ! »

 

Bienheureux les simples d’esprit, Amen.

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12 décembre 2011

Message de service

A la personne qui a piqué mon carnet de notes dans mon bureau.....j'ai tout dans la tête ! (Au fait c'est pas joli joli de voler les gens quand ils ont le dos tourné).

Au fait si je changeais de pseudo ? Parce que Mademoiselle ça veut dire "oiselle" et je suis plus exactement vierge.

Bien à vous

D.

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