Mademoiselle Dusk

18 janvier 2021

Ulla l'exploratrice

J'ai rendez vous avec mon chef  Jean-Guy K Pinchon IIIrd.


Décrocher le rendez vous n'a pas été une mince affaire,
car Jean-Guy se débat toujours avec ses problèmes de remplacement d'assistante. En ce moment Interim Nation lui a envoyé une poupée gonflable parlante.

Sa précédente assistante, la poupée parlante Kiki l'exploratrice a définitivement rendu l'âme, la carte mère ayant fondu à force de prendre des photos compromettantes des collaborateurs de Jean-Guy.

La nouvelle assistante s'appelle Ulla l’exploratrice, elle a la bouche ouverte en permanence, ce n'est pas évident de comprendre quand elle parle, car cela lui donne une diction bizarre. Comme elle a les jambes largement écartées dans son tailleur pantalon, et que ce n'est pas pratique pour les faire tenir sous le bureau, elle a toujours une jambe qui dépasse sur le côté, elle la pose sur son caisson à roulettes. Elle tape moins vite que Kiki parce que ses bras son largement écartés, comme ses jambes, mais elle se débrouille plutôt bien sur PowerPoint. Elle est tout à fait professionnelle, et cela se passe plutôt bien avec Jean-Guy.

"Eu renhez ou hé pourhuoi ?" me demande-t-elle

"C'est personnel, cela concerne ma dérivée professionnelle"

Ulla a l'air un peu blasée. Elle note "Enhor une hémission, hé un chéneau han hrois heumaines"

Visiblement il y a un peu de mou dans les équipes de Jean GuyK, il y a la queue pour les démissions. (Il va pouvoir faire des économies de mètres carrés dans la tour de We Feed the World, c'est plutôt une bonne nouvelle).

"Mais Ulla c'est impossible, je dois prendre mon nouveau poste lundi, je ne peux pas attendre trois semaines pour démissionner!"

"Hon halors, hu heu le hoir heu hoir ha honze heures"

"Onze heures ? Mon Dieu mais c'est affreusement tard' 

« BzzzzzzBzzzzzzz ». Ulla est prise de tremblements intempestifs. Tous les trombonnes de son pot à crayon tombent au sol,

« Ulla, ça ne va pas ? »

« BzzzzzzBzzzzzzz ». Les tremblements s’accentuent, et elle se retrouve en équilibre instable, le nez dans sa corbeille à papiers.

« Ulla, vous êtes épileptique ? »

« Heu hon hé mon hagin hibrant qui se het en marche heu haçon himpronptue »

(Je reformule pour être sûre de bien la comprendre) : « Votre vagin vibrant s’est mis en marche de façon impromptue ?  Ha OK ! J’ai eu peur pour vous ! Attendez, je vais vous aider à vous redresser, ces jambes écartées en permanence ce n’est pas pratique quand même. Les miennes sont articulées, c’est mieux, de temps en temps je peux les refermer»

« Ha ma pauvre, hi hou haviez heu que j’hendure ! Et hette hiction»

« Cette quoi ? »

« Hette hiction, ma houche hoi ! »

« Ha oui votre bouche ouverte en rond, c’est malcommode. Moi la mienne est mobile, entre deux fellations je peux la refermer, ça repose, sinon j’attrape des crampes »

« Ha hoi heu ne pratique ha le hexe horal, hé sale, hé hontre nature »

« Ha bon ? Jamais de fellations ? »

« Hamais mademoiselle, heu hui peut-hêtre une poupée honflable mais hé mes principes»

 

Jamais de fellations ! Je suis impressionnée. Quelle droiture !

Cette Ulla est bien sympathique quand même.

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Mamie Bredouille, raconte nous un plan cul

 Mamie Dusk est assise dans le grand fauteuil près de la cheminée. Tous ses petits-enfants sont en tailleur auprès d’elle. Il y a là le petit Raymond, le petit Benito, la petite Simone et sa sœur Marcelle. Raymond et Simone sont les enfants de sa fille Myrtille, et Benito et Marcelle ceux de son fils Armand. La mode en matière de prénoms est un éternel recommencement.

 

(Je précise que Mamie Bredouille est devenue mamie car elle a réussi à concevoir. Après avoir adopté un rôti de porc à la fin des années 2000, elle a eu finalement eu recours à l’insémination artificielle, et est tombé enceinte des œuvre du charcutier qui gardait feu son fils Petit Rôti en nourrice.) 

 

Les enfants : Mamie Dusk, Mamie Dusk, raconte nous un plan cul !

 

MD : Non les enfants, aujourd’hui nous allons raconter l’histoire de roule-galette, car vos parents m’ont sermonée, ils trouvent que ce que je vous raconte n’est pas convenable.

 

Benito : Ha non Mamie Dusk, on s’en branle de roule-galette, c’est ringard, raconte nous plutôt ton plan cul le plus sordide, celui de la Bastille !

 

Chœur des enfants : Oui, mamie, encore !

 

MD : Ho non, pas celui-là ! Je veux bien vous raconter un plan cul, mais pas celui-là quand même !  Vous ne voulez pas plutôt un récit de mes virées aux Chandelles ?

 

Raymond : Non, mamie, ça c’est trop soft, nous on aime les histoires horribles !

 

Chœur des enfants : Oui, mamie, du gore !

 

MD : Bon alors mes virées dans un sauna échangiste de Pigalle, les jours ouverts aux hommes seuls, ça c’est du lourd, non ? Vous ne voulez pas que je vous raconte la fois où ça a quasiment tourné au gang-bang ?

 

Simone : Non, mamie, tu nous l’as raconté mille fois déjà, c’est lassant, nous on veut le plan de la Bastille !

 

Chœur des enfants : La Bastille, la Bastille !

 

MD : Bon je vais encore me faire enguirlander par vos parents, hein, vous ne leur répéterez pas, d’accord ? Je vous photocopierai l’histoire de roule-galette, vous l’apprendrez par cœur, et comme ça ça fera plus crédible si jamais ils vous questionnent. OK ?

 

Chœur des enfants : OUI ! Vas-y mamie Bredouille !

 

MD : Alors voilà. C’était à mes débuts dans la carrière du sexe. Je n’étais pas encore assez exigeante, ma démarche manquait de fine-tuning. Alors un jeune homme du nom d’Antoine Blois m’avait contactée par Copains d’Avant. Je pensais que nous avions été dans le même lycée ou quelque chose comme ça. Pourtant son visage ne me disait rien.

 

Simone : Il voulait juste te sauter sans payer tindr, hein Mamie ?

 

MD : Ma petite Simone, on ne dit pas « sauter », ce n’est pas élégant. On dit « Faire l’amour ». Bref, il m’envoyait mail sur mail, me faisait plein de compliments. Alors j’ai accepté de le recontrer, en terrain neutre, dans un café.

 

Raymond : Et tu l’as sucé dans les toilettes.

 

MD : Raymond, on ne dit pas « sucer », on dit « Pratiquer une caresse oro-génitale ». Soit plus précis dans ton vocabulaire, j’ai déjà remarqué ta propension  à l’inprécision, c’est même écrit dans ton carnet de classe, d’ailleurs. Bref, pas du tout, nous avons discuté de sa carrière, il travaillait à la Sécurité Sociale ou il était Directeur Adjoint, et nous avons comparé les mérites du public et du privé. Il avait 50 jours de RTT par an, et pouvit les poser à volonté, ce qui m’avait plongé dans des abymes de perplexité, je m’en souviens. A l’époque, je travaillais encore chez We Fuck the World, et j’avais toutes ces réunions de coordination transverse à organiser, je n’arrivais jamais à prendre de congés. C’était difficile, la globalisation était en marche, je traitais avec tous les fuseaux horaires, en particulier avec l’Inde où…

 

Benito : Mamie tu nous saoules avec tes histoires de bureau démodées, c’est vraiment tellement 2000 ce que tu racontes, aujourd’hui tout a changé puisqu’il n’y a plus du tout de fuel, on est tous petits commerçants ou maraîchers.  Allez, accélère !

 

MD : tu as raison mon petit Benito, je radote, hein ? Bon, enfin c’était une époque exaltante, tous ces emplois à délocaliser, et moi j’étais en première ligne, je coordonnais transversalement les plans de « maximisation des effectifs offshore ». Bref. Donc Antoine Blois était intéressant, il disait des choses comme « Tu dois te faire un max de thunes, mais tu bosses comme un chien, alors que moi quand je serai nommé Directeur je ferai bosser les autres et j’en foutrai pas une rame, c’est ça le secteur public ». Il bougeait beaucoup quand il parlait, il avait l’air assez agité, il se tortillait sur sa chaise. Je trouvais qu’il faisait vieux pour son âge. Il était blond.

 

Simone : Blond ? Beurk, Mamie, tu ne t’es quand même pas tapé un blond ? C’est répugnant !

 

MD : On ne dit pas « se taper quelq’un » ma chérie, on dit « Faire l’amour ». Oui je sais c’est contre mes principes, surtout qu’il avait les yeux bleus. Bref, je mets fin à la conversation, je paie mon Coca Zéro, et je me sauve en lançant mon célèbre rire de gorge, au cas où, bien qu’Antoine Blois ne me plaise pas du tout. Mais vous savez on n’est jamais trop prudente en matière de sexe, il faut toujours avoir quelques réserves, quand la bise vient, faute de grives on mange des merles et la cruche s’en prend plein le pot.

 

Benito : Oui enfin quand on a le feu au derche, on se tape des moches surtout, hein mamie ?

 

Chœur des enfants : Hahaha, Mamie elle se tape des moches hahah !

 

MD : Bon les enfants, ne soyez pas si moqueurs. J’aimerais vous y voir. Non ! Benito, arrête de tripoter Simone, c’est ta cousine germaine malheureux ! Enfin. La semaine suivante, j’ai reçu de nombreux textos de sa part, dont un, mémorable, qui disait « Tu sens le cul, j’ai envie de te sauter ». La formulation m’avait un peu surprise, surtout que j’avais mis du Rexona le jour ou je l’avais vu, mais je crois qu’il voulait dire dans son langage à lui que je sentais le sexe. Il fallait décrypter, c’est quelqu’un qui faisait beaucoup de sport, il ne pouvait pas être littéraire par-dessus le marché, déjà qu’il était fonctionnaire (hihi) ! Et puis cet autre texto « J’ai pensé à toi ce matin sous ma douche, c’était bon ». J’étais perplexe, mais il insistait si fortement que mon petit cœur de gauche commençait à battre : il allait falloir faire quelque chose pour lui. Vous savez à quel point Mamie Bredouille est altruiste, n’est ce pas les enfants ?

 

 

Marcelle : Ha oui, mamie tu es tellement altruiste !

 

MD : Merci Marcelle. Toi au mons tu es gentille, et bien élevée, pas comme tes cousins qui ne pensent qu’au sexe. Benito arrête de jambiner Raymond, tu crois que je ne te vois pas ? Bref. Finalement j’ai accepté d’aller prendre un café chez lui. Il m’avait vanté les mérites de son appartement de la Bastille, je me disais qu’un café c’était tout à fait correct. En arrivant chez lui, avec des croissants (c’était le matin), je me répétais mon mantra «Ce n’est pas parce qu’on est de gauche qu’on doit s’introduire n’importe quoi dans le vagin ». Oui je sais ce n’est pas très bien tourné comme mantra, mais à l’époque je n’avais pas encore cette plume acérée et ce sens de la formule que vous me connaissez.

 

Marcelle : et c’était comment chez lui ?

 

MD : Hé bien ma petite Marcelle, c’est là que les choses se sont détériorées. Car moi je sentais peut-être « le cul », mais sa maison, elle sentait surtout la chaussette. Tu sais à quel point j’ai toujours eu horreur des intérieurs de célibataires endurcis, avec ce fumet caractéristique de la chaussure de sport, les mugs pleins de calcaire dans le lavabo, les rideaux accrochés avec du scotch, le frigo vide et les haltères qui traînent. Les hommes mariés c’est mieux d’abord parce qu’ils vous emmènent à l’hôtel et surtout parce que leurs chaussettes sont propres.

 

Simone : Beurk !

 

MD : Tu as raison ma petite Simone, c’est exactement ce que j’ai ressenti. D’ailleurs j’ai eu du mal à avaler mon café. Antoine Blois n’arrêtait pas de caqueter, il ponctuait toutes ses phrases d’un « C’est cool, non ? », me parlait de sa pratique sportive intensive, de sa joie de vivre intensive, de ses pratiques sexuelles intensives. C’était un garçon très intensif. Plus il s’intensifiat, plus je me recroquevillais dans mon fauteil Poang Ikea. Mais enfin si j’étais venue, c’était pour soigner un syndrome de plateau hormonal, donc il allait falloir être courageuse ! C’est là qu’il a commencé à m’embrasser dans le cou. Cela me réchauffait un peu, car il faisait froid, j’avais ouvert toutes les fenêtres pour chasser cette odeur de chaussette insoutenable. Ensuite il m’a tirée vers son lit, j’ai eu un réflexe de survie « Les draps sont propres ? ». Il m’a assuré qu’ils étaient de la veille. J’ai du mal à le croire, car l’odeur de chaussette imprégnait aussi la housse de couette. Mais bon, il utilisait peut-être une lessive bio sans parfum et sans phospates ? Je décidais de le croire et je m’allongeais toute habillée contre lui.

 

Le chœur des enfants : Beurk !

 

MD : Oui les enfants c’est difficilement concevable ce que l’on peut accepter de faire en période de plateau hormonal. Mais je me suis allongée contre lui. Pour me détendre, il me caressait le ventre avec ses mains glacées, et il me racontait ses innombrables voyages « Oui au Brésil, tu comprends, la prostitution n’est pas vécue pareil, tu couches avec une fille et elle te demande un billet de 20 euros, tu lui donnes, et puis en Asie, la prostitution fait partie de la culture locale, tu vois, alors ce n’est pas comme en Europe, il faut comprendre les cultures locales, moi j’ai beaucoup voyagé je comprends mieux les cultures locales ». Oui je sais les enfants, ne faites pas cette tête, il existe en ce bas monde des gens qui disent des choses comme cela, pire, ils les pensent ! Ensuite il a commencé à me retirer mon jean, et a commencé à me lécher avec application. Curieusement, à cet instant, j’ai pensé à Mabrouk, la mascotte de 30 millions d’amis. Je ne sais pas pourquoi. Ha si, peut être parce que j’avais l’impression qu’il me lappait la vulve. Visiblement il n’avait jamais entendu parler de la situation topographique du clitoris. Trop de voyages, sans doute, il avait perdu ses repères. Il faut croire que les prostituées brésiliennes ne sont pas faites comme la majorité des femmes. Ou plutôt qu’elles sont prête à déplacer leur clitoris à volonté, en échange d’un billet de 20 euros, ce qui prouve qu’elles sont encore plus douées que les contorsionnistes chinoises….

 

Les enfants : Mamie, la suite ! Tu t’égares !

 

MD : Oui je m’égare. Ensuite, après m’avoir bien bavé partout dans l’entre-jambe, il a tenté de s’introduire en moi de face. Je n’aimais vraiment pas son visage, alors je lui ai tendu mon cul.

 

Simone : Tu as eu raison Mamie, à ta place j’aurais fait pareil. Sinon c’est trop insoutenable. Surtout que c’était le genre à faire des grimaces horribles pendant l’orgasme.

 

MD : Dis donc ma petite Simone, tu as 5 ans mais tu m’as l’air bien renseignée. En l’espèce, Antoine Blois ne faisait pas particulièrement de grimaces, enfin je ne crois pas je crois que j’ai fermé les yeux, mais il a poussé un cri digne d’un goret au moment de jouir, c’était effrayant.

 

Le chœur des enfants, terrorisés : Mamie, c’est horrible ! Arrête !

 

MD : Ha non bande de petits polissons, vous m’avez demandé mon plan cul le plus sordide, maintenant il faut assumer. Vous regrettez Roule-Galette, hein, maintenant ? Que cela vous serve de leçon ! Bon, après avoir joui, Antoine Blois m’a dit qu’il avait bien pris son pied, que c’était « cool le sexe », et m’a félicitée pour mon excellente lubrification. Oui les enfants, à l’époque je n’étais pas ménopausée et on me félicitait fréquemment pour ma lubrification, ce qui m’a sortie d’un mauvais pas plus d’une fois car les plus moches de mes plans cul prenaient cela pour du désir à leur égard. Quelle illusioniste je faisais, quand même ! J’étais vraiment carossée pour être une star du porno, quel dommage d’être restée coordinatrice transverse toute ma carrière. Bref. Là, Antoine Blois m’a précisé qu’habituellement il ne mettait pas de préservatifs avec ses partenaires, car elles étaient moins bien lubrifiées que moi et que, je cite « le sperme les hydratait », ce qui, je cite toujours « permettait de faire l’amour plus longtemps ». Je ne suis pas sûre que le vocable « faire l’amour » soit tout à fait adapté au cas d’Antoine Blois, mais je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir car j’ai été prise d’un haut-le-cœur. C’est là qu’Antoine Blois a regretté que je ne l’ai pas sucé, « c’est dommage quand même j’aime bien les pipes ».

 

Les enfants vomissent leur quatre heure.

 

MD : Ha voilà, maintenant vous avez régurgité tous vos chocos BN sur mon lino, c’est du propre ! Comment je vais faire pour nettoyer tout ça ? Ha c’est la dernière fois que je vous raconte un plan cul, hein ? La prochaine fois c’est roule-galette, je serai inflexible. Bref, je suis partie dans la salle de bain d’Antoine Blois, il y avait un vieux fond de gel douche Axe sur le rebord de la baignoire, et du dentifrice Leader Price collé sur le  lavabo, mais j’ai réussi à me débarbouiller et à me sécher dans une veille serviette humide et un peu moisie qui traînait là. En sortant de la salle de bains, j’ai eu du mal à garder mon sourire de circonstance, quand même, j’ai fait des années de théâtre amateur, mais là c’était trop. Je crois que j’ai regardé Antoine Blois un peu comme je regarde votre vomi, maintenant. Le regard de Mamie Bredouille se perd dans le vague, son visage se déforme un peu, son célèbre sillon naso-génien se ravine un peu plus.

 

Simone : Mamie, on peut s’en aller, maintenant, laisse nous partir ! Il y a « Bonsoir les zouzous » sur la 5, on voudrait rentrer chez nous et regarder l’Ane Totro pour nous remettre de nos émotions.

 

MD : Oui les enfants, je comprends qu’après Antoine Blois, on ait besoin de l’Ane Trotro, tro trop rigolo, pour se requinquer. C’est bien naturel. Enfin Antoine Blois m’a quand même mise à la porte d’un sonore « T’es une fille compliquée, quand même ! ».

 

Les enfants : Non, Mamie, arrête, on n’en peut plus, au secours.

 

MD : Allez, je vous laisse partir, vous avez été charmants mes poussins. A mercredi prochain pour une autre histoire ? Mon Hit-and-Run avec un photographe rencontré sur Meetic qui faisait la vaisselle dans son bac de douche (j’avais failli tomber en mettant le pied dans une casserole après avoir fait ma toilette), et qui se masturbait avec de l’huile d’olive, d’accord ?

 

Raymond : Heu, non, mamie, mercredi prochain on préfère rester au centre aéré, c’est un peu trop éprouvant tes histoires. Bisou mamie.

 

MD : Bisou les enfants.

 

Les enfants partent.

 

Mamie Bredouille s’attelle à nettoyer son lino. Elle se parle à elle-même.

 

« Quand même, ce sont de petites natures ! Moi qui voulais leur raconter la fois où j’ai sucé un trader dont le sexe énorme sentait le poisson pas frais, on aurait dit un steack de thon. Ils font des rodomontades mais ils sont bien sensibles…ha la nouvelle génération, que des mauviettes. Je suis sûre qu’au fond d’eux-mêmes ils rêvent d’amour et de romantisme, va ! ».

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il est 7h, La Défense s'éveille

Il est 7heures, La Défense s’éveille.

Je traverse le pont de Neuilly à pied, et j’entreprends de marcher sur les trottoirs le long du boulevard circulaire. Autant dire que mon espérance de vie est proche de celle d’une autostoppeuse blanche nue marchant sur la bande d’arrêt d’urgence d’une highway sud-africaine à quatre heures du matin, en cas de passage d’un pick-up rempli à ras bord de délinquants ghettoïdes. Pourtant je réussis à atteindre le rez-de-dalle. Je fais une pause pour me remettre, au bord du joli bassin qui surplombe le pont. Il y a dans l’eau des sculptures colorées, façon Tinguely du pauvre.

 

On ne le sait pas assez, mais La Défense est aussi un lieu de culture, décoré d’œuvres à l’inspiration Pompidolienne, qui ne dépareraient pas au bord d’une autoroute. J’ai toujours adoré les sculptures d’autoroute, c’est une forme d’art qui mérite d’être revalorisée. Du coup, à la Défense, il n’est pas rare de croiser des touristes, et des groupes de retraités pendus aux lèvres d’une étudiante de l’Ecole du Louvre.

 

On y croise aussi des gens avec des poussettes, garnies de vrais bébés. J’ai du mal à comprendre le désespoir qui a pu pousser ces malheureux à accepter un logement dans un endroit pareil, personnellement je préfererais encore vivre dans une  tente igloo à l’intérieur d’une usine de retraitement Veolia, et arroser mes galettes de boue à la mode haitienne avec de l’alcool de pneu. Cela dit il s’agit peut-être d’expatriés floués par le DRH de leur compagnie d’origine « Yes you see, La Défense very close to office, very convenient and lot of shop like Disney Store™ for your kid ! Wunderbar ! ». Je reprends ma route.

 

Avant d’affronter Jean-Guy K Pinnchon IIIrd, mon supérieur hiérarchique, je descends sous la dalle, à la station Grande Arche, direction la boulangerie Bonne Journée !. J’aime bien la boulangerie Bonne Journée ! sur le quai du RER Grande Arche. Personne, parmi les milliers de salariés à l’air épuisé qui se déversent chaque matin du RER, ne penserait une seule seconde à acheter un croissant à cet endroit, sous terre, dans la puanteur. Je précise pour mes lecteurs provinciaux que le RER est un lieu qui, aussi longtemps que mes souvenirs remontent, a toujours senti l’œuf pourri. Le métro sent raisonnablement bon, il sent le métro, mais le RER sent l’œuf pourri.

 

La boulangère de Bonne Journée ! est une femme blonde hors d’âge, qui passe ses journées à discuter le bout de gras avec cinq ou six hommes en voie de clochardisation avancée, en vendant très occasionnellement à un affamé retardataire, attiré par l’odeur des canons à beurre, un croissant luisant et mou. En effet le Bonne Journée ! du RER Grande Arche diffuse à gros bouillons un parfum synthétique de beurre sucré qui est censé donner faim. Malheureusement, lorsque cette fragrance se mélange à l’odeur d’œuf pourri ambiante, juste à la hauteur des escalators, l’effet sur les nombreuses salariées enceintes est garanti : elles régurgitent en masse le All Bran de leur petit déjeuner, car on ne le sait pas assez, mais la grossesse constipe, ce qui crée une sorte de flocage qui durcit très vite au contact de l’air, et qui bloque les marches de l’escalator. Il ne reste plus qu’à monter à pied.  

 

Grâce au Bonne Journée ! de la station Grande Arche, je peux discrètement réaliser un de mes nombreux fantasmes, délicats à mettre en œuvre pour une femme : passer un moment au comptoir d’un bar Jupiter de quartier, et écouter causer des ivrognes. Enfin un peu de chaleur humaine, enfin une vraie communauté, enfin du lien social ! Histoire de passer un peu plus de temps en leur compagnie (la conversation tourne autour d’une sombre histoire de couille mal lavée, c’est passionnant), je commande aussi un petit café. C’est beaucoup moins cher que le Frappuccino™ de chez Starbuck’s, parce que ce n’est pas servi dans un gobelet en carton recyclé par le bel Eduardo, mais dans un godet en PVC par Yvette.

 

Ainsi requinquée de ma nuit agitée et de ma traversée de Paris nocturne, je remonte les escalators, et je me lance dans ma course d’obstacle quotidienne : je salue l’estropié roumain qui a remplacé le traditionnel SDF vendeur de journaux en haut des marches, je récupère un exemplaire de Métro Matin (qui a reçu le prix Albert Londres pour sa une de la veille « Avec All Bran mon transit s’est sensiblement amélioré !»), un exemplaire de Sports Gratuits, une mini-bouteille de All-Bran liquide offerte par une jeune femme déguisée en graine de son géante, un échantillon de masque apaisant pour le clitoris au Cunnixyl™ de l’Oréal (ha ce matin je suis bien dans la cible, ça tombe à pic !), et je dépose dans l’urne en forme de bloc de glace mon bulletin de jeu pour le grand concours du jour « Avec Norwegian Airways gagnez un voyage en Botswana ». Hier je crois que c’était « Avec Hebron Airways gagnez un voyage à Soweto », l’urne était en forme de caillou.

 

Oups, je me suis trompée, j’ai déposé mon bulletin de participation dans la raie des fesses de la jeune femme qui m’a distribué le prospectus. Il faut dire qu’il fait froid, qu’elle est sur la dalle en plein vent depuis 6 heures du matin, et qu’elle ne porte qu’un string décoré aux couleurs de Norwegian Airways, avec des plumes de caribou dessus. Dur métier ! J’espère qu’après tous ces efforts méritoires elle pourra bénéficier d’une véritable trajectoire de carrière. Bref.

 

Je bippe avec mon badge à l’entrée de la tour. Le portillon automatique est très en forme ce matin « T’as sucé combien de mecs cette nuit ? Je vais tout balancer à Jean-Guy K Pinchon IIIrd, moi, quand il va passer ! » hurle-t-il d’une voix tonitruante. C’est un peu gênant. Il faut dire que depuis que les badges ont été couplés non  seulement à l’ERP HR-Access mais aussi aux données issues des cartes bancaires et des cartes vitales des salariés, les portillons sont devenus très bavards, parfois cela manque un peu de discrétion. Je dois parlementer pendant vingt minutes avec lui, car il continue sa logorrhée « T’as fait un gang-bang ? tu t’en es pris plein la figure ? ». Finalement, je me résouds à lui faire couler le reste de mon All-Bran liquide dans les jointures, ce qui crée une sorte de flocage qui durcit très vite au contact de l’air, et qui finit par le faire taire. Il ne reste plus qu’à sauter par-dessus.  

 

Deux heures plus tard j’ai enfin réussi à faire fonctionner le système d’ascenseurs sophistiqués pour atteindre mon étage, et me voici au 34ème. Un petit tour rapide aux toilettes pour vérifier mon aspect dans le miroir. Avec un peu de fond de teint mat L’Oréal je réussi à fondre habilement quelques traces blanches curieuses autour de ma bouche, ça tombe bien ça comble les ridules. Enfin j’applique l’échantillon que l’on m’a distribué en haut des escalators. Effectivement c’est très efficace pour les clitoris échauffés. Merci L’Oréal.

 

Me voici devant le bureau de Jean-Guy. Il n’a plus d’assistante, Kiki est en rideau. Je la vois d’ailleurs derrière la vitre, elle a le cul en l’air, le boîtier ouvert, un technicien est en train de tenter de la reprogrammer avec un clé de douze. La bave aux lèvres, elle éructe « Va te faire foutre Jean-Guy, j’en ai marre de taper tes conneries à toute allure, et de passer mon temps à prendre des photos de gens aux chiottes, ça schlingue, on en parle des conditions de travail ! Jean-Guy connard ! ». Le technicien  déclare qu’il va falloir la remasteriser : il sort de sa poche un grand marteau et lui  casse la tête avec, c’est apparemment la seule façon de la faire taire. Là pour le coup la ressemblance avec Chucky est flagrante.

 

Jean-Guy sort de son bureau, et me demande d’entrer. Le ton de sa voix est glacial. J’obtempère. Je commence à regretter d’avoir mélangé le croissant Bonne Journée ! d’Yvette et le All-Bran Liquide. Je me demande s’il n’y a pas d’interaction médicamenteuse entre ces deux produits. J’aurais dû regarder dans le Vidal.

 

Courage Frédérique ! 

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ordonnance pour une forcenée : la suite

Vous vous souvenez de Corine Dubuis ?

 

Elle m’avait écrit en juillet (post « Ordonnance pour une forcenée»), elle devait accoucher de son 5ème enfant fin août et souhaitait me rendre visite dès septembre, pour « développer la plateforme gestion de projet transverses globaux et identifier rapidement 2/3 actions à rayonnement ».

 

N’étant pas très sûre de la nature exacte de sa demande, j’avais tenté de l’aiguiller vers le Docteur Benchemoul, mon psychiatre, sans succès. Lui au moins sait prendre en charge toutes les formes de psychose.

 

Enfin ce qui m’inquiétait surtout si elle revenait si vite, c’était qu’elle fasse des vilaines tâches de placenta sur les fauteuils de mon bureau. Et ça n’a pas loupé ! J’ai utilisé 4 bombes de K2R et je n’ai pas réussi à m’en débarrasser, ça colle ce machin-là, c’est pas pour rien que c’est très nutritif !

 

Toujours est-il que j’ai récemment croisé Corine Dubuis ! Elle est rarement au siège de We Feed The World, à la Défense, car depuis son retour de maternité elle a été promue Directrice Qualité de notre usine de Pournoy-la-Chétive. C’est du côté de Nancy. Je sais pour une usine de produits de la mer ce n’est pas très pertinent comme localisation, cela complexifie notre supply chain de façon importante, et il est possible que cela ait un rapport avec nos petits problèmes d’émissions pestilentielles dans le voisinage. Bref.

 

Corine a été chargée de mettre en place les méthodes de production 5S dans notre usine, en vue du lancement de notre nouveau produit phare, le « médaillon de langouste plane », pour lequel nous avons de gros objectifs de vente à Noël. Nous avons déjà de grosses commandes au Franprix hallal d’Evry d’ailleurs. (Ce qu’ils ne savent pas c’est que pour améliorer le ROI, le cœur du médaillon n’est pas du tout au homard mais à la gélatine de groin de porc ! Mais personne ne peut s’en rendre compte vu qu’on a tout parfumé abondamment à la vulve d’huître).

 

NB : Je rappelle pour les cancres que les 5S sont : Seiri (débarras) ; Seiton (Rangement), Seiso (Nettoyage) ; Seiketsu (Ordre) ; Shitsuke (Rigueur). Pas besoin d’aller au Japon pour savoir ça.

 

En gros Corine doit s’assurer que l’usine est bien propre,  qu’on ne laisse pas traîner de pertes matière au sol, qui feraient comme des petits copeaux de fausse langouste qui sent la moule et qui in fine pourraient s’accumuler au point que nous ayons des problèmes avec la DGCCRF. Elle vérifie aussi que les intérimaires de la société albanaise qui assureront les pics de charge en 3/8 pour Noël se lavent les mains en revenant des toilettes. Corine prend son rôle très à cœur, elle se poste personnellement à la sortie des toilettes avec des lingettes Mustela.

 

La formation des albanais a été assez brève, ils sont arrivés dans une camionnette bâchée dimanche dernier et ont pris leur poste dès le lundi matin. Apparemment ils se sont bien accommodés, on les voit souvent au bar du village. Ils ont monté un petit business florissant avec le camp militaire de Bitche tout proche, avec l’aide de leurs femmes, qui sont arrivées dans une autre camionnette dès le mercredi. C’est important le regroupement familial, ça permet aux ouvriers d’avoir une vie plus équilibrée.

 

 

Trève de digression : je croise donc Corine dans un couloir de la tour, et je m’aperçois qu’elle boîte fortement ! De près je réalise qu’elle marche même avec deux grosses béquilles (je suis myope).  

 

Corine, que t’es-t-il arrivé ? Tu boîtes ! Tu as eu des problèmes après ton accouchement ? Ton bassin s’est déplacé, occasionnant des douleurs intolérables dans ta région périnéale ? Ton épisiotomie a craqué ?

 

Non pas du tout, Dusk, je suis tombée dans l’escalier avec trois de mes enfants dans les bras, car l’ascenseur était en panne et j’ai voulu imiter ma nourrice ivoirienne en les fixant dans un boubou. Mais visiblement le carré Hermès n’est pas adapté, et nous avons tous glissé jusqu’au rez de chaussée ! Quelle chute !

 

Ha ma pauvre ! Et tu t’es cassé la jambe ?

 

Non je me suis brisé les deux genoux, ligaments et méniques compris, et j’aurais dû faire 2 mois d’arrêt maladie et de rééducation mais tu comprends je n’ai pas voulu m’arrêter, nous avons des échéances trop importantes à l’usine avec Noël. Il se peut que dans quelques années j’ai des douleurs rhumatismales intolérables du fait de cette reprise prématurée, mais ce qui compte avant tout c’est que les choses avancent sur notre projet !

 

Ha je comprends. Et comment vont tes cinq enfants ?

 

Ecoute ils sont bien installés à Paris. Ils ont 3 nounous qui font les trois-huit, je n’ai embauché que des africaines pour qu’ils ne se rendent pas trop compte au moment du changement d’équipe, et nous avons optimisé les processus d’éducation en appliquant la méthode Six-Sigma. Non vraiment ils vont très bien. Je les appelle tous les soirs vers 23h30 quand je sors du bureau, pour vérifier les devoirs. L’aîné parle déjà très bien le woloff, c’est extra cette ouverture sur le monde ! Et ils sont d’une politesse exquise, ils me disent Madame ! Ha vraiment ces africaines, elles sont très strictes. C’est formidable.

 

Mais Corine, tu as l’œil rouge, en plus d’être bancale ? Comment se fait-ce ? Je m’aperçois maintenant que l’œil de Corine est vermillon, et de la taille d’un œuf de poule. (Je suis myope).

 

Oui j’ai attrapé une conjonctivite, je crois que c’est en serrant la main d’un de nos ouvriers albanais à la sortie des toilettes de l’usine, je n’aurais pas du me frotter les yeux après.  J’étais un peu fatiguée, mais je n’ai pas eu le temps de consulter, nous avons des échéances trop importantes à l’usine avec Noël. Ho ça va passer, j’ai une santé de fer. Pour l’instant ça ne se voit pas trop, non ?

 

Presque pas, non. Cela dit j’ai moins 10 dyoptries à chaque œil.

 

Bon ben il faut que je passe voir le Directeur Industriel, il nous a tous réuni pour faire le point sur les dysfonctionnements de l’usine, je crois que ça va être dur !

 

Ha ben tu vas pouvoir te la donner, ma Corine ! Ca va être bon !

 

Ho oui tu as raison, j’adore quand il crie, je courbe la tête en signe de respect, ça m’excite ! Une fois il a tapé du poing sur la table, j’ai senti mon clitoris vibrer ! Mais je m’égare…

 

Effectivement. Allez, salut Corine, et embrasse tes enfants pour moi.

 

Je n’y manquerai pas ! Salut Frédérique !

 

 

En regardant s’éloigner Corine avec ses béquilles, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au personnage du chevalier noir dans « Monty Python Sacré Graal », celui qui se bat même encore alors qu’on l’a amputé de tous ses membres…

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Ordonnance pour une forcenée

J’ai reçu ça de la part d’une collègue en congé maternité pour son 5ème enfant.

 

Bonsoir Frédérique

 

Je suis toujours en congés maternité mais la fin approche, et je m'active un peu pour mon retour, à la rentrée. Je dois effectivement intégrer la filière et développer la plateforme "Gestion de projet transverses globaux", ou comment mieux intégrer la stratégie dans toutes les dimensions du marketing ... du produit à la solution client, de la distribution à l'intégration des canaux pour faciliter la vie du client des bâtonnets Coralia, du merchandising aux univers par usage, de la publi-promo au marketing relationnel ...

 

Bref, dans ce contexte, je dois identifier rapidement 2/3 actions à "rayonnement" qui pourront booster les  ventes de « We feed the World inc » sur notre produit phare. Ma question est simple : Y aurait-il dans tes projets de coordination transverse globale des évènements sur lesquels je pourrais "rebondir" autour de cette plateforme ?  

 

A bientôt

Corine Dubuis

 

J’ai répondu ça

Bonsoir Corinne

Si mes calculs sont exacts, tu as accouché hier matin, et tu ne reviens que dans 15 mois, car c’est ton 5ème enfant. Donc normalement tes organes pendent encore un petit peu, et  ton placenta risque de couler sur les fauteuils de mon bureau. Par ailleurs  il est possible que tu sois en pleine décompensation psychotique.

Je te recopie donc l’ordonnance du Dr Benchemoul, un ami à moi qui est de bon conseil :

¨                  Prozac 1cp/jour

¨                  Xanax 3 cp/jour

¨                  Stilnox 1cp le soir au coucher

Passe le voir ma chérie, il s’occupera bien de toi.

A dans très très longtemps.

Frédérique

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Sainte Thérese de La Défense

Un jour de juin, à 9h00, alors que je patientais comme à mon habitude au volant de ma 106 Color Line dans le riant tunnel qui serpente sous la Porte Maillot, et que j’avais ouvert ma fenêtre pour me rafraîchir (je n’ai pas de climatisation),  je fus prise de tremblements ininterrompus. Puis une vision s’imposa à moi.

« Je vis un ange proche de moi du côté gauche… Il n'était pas grand mais plutôt petit, très beau, très basané, avec les yeux cernés de khôl, et avec un visage si empourpré, qu'il ressemblait à ces anges aux couleurs si vives qu'ils semblent s'enflammer … Il portait un turban très haut. Il se mit à scander les mots suivants à l’aide d’une cythare : chicken tikka, chicken korma, chicken massala. Puis je vis dans ses mains une lame d'or, et au bout, il semblait y avoir une flamme. Il l’enfonça plusieurs fois dans mon cœur et atteignit mes entrailles, en criant : délocalise la compta fournisseur à Bengalore, maintenant !  Lorsqu'il retira la lame, il me laissa toute embrasée d'un grand amour de l’outsourcing offshore. La douleur fût si grande qu'elle m'arracha des soupirs, et la suavité que me donnait cette très grande douleur, était si excessive qu'on ne pouvait que désirer qu'elle se poursuive. »

Cette vision était claire comme de l’eau de roche : oui le Dieu du CAC 40 était entré en contact avec moi par son archange hindou Pritpal. Oui je poursuivrai ma mission de rationalisation des coûts de structure jusqu’au bout ! Oui la foi s’était emparée de moi !

En arrivant à mon bureau, je montais immédiatement montée à l’étage de la Direction Générale en réclamant de gérer personnellement le chantier « gestion sociale » du projet de délocalisation, ce qui me fût immédiatement accordé, compte tenu du manque de volontaires sur ce sujet. (« Cette Bredouille, elle est complètement trépanée, ma parole, il faut qu’elle arrête de fumer les pots d’échappement, mais si elle veut aller se farcir les Cheese Nan, on va pas l’en empêcher quand même ! »)

 

C’est ainsi que j’ai enfin trouvé la voie de Bengalore. Merci archange Pritpal !

 

(Et merci à Wikipédia pour le récit des visions de Sainte Thérèse que j’ai légèrement déformés)

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100% beurk

Aujourd’hui je déjeune à Mac Donald’s à Saint Michel.

 

Le magasin a été entièrement refait à la nouvelle charte graphique « zen », avec des photos grand format de plages de galets gris, de champs de blé en herbe ondulant sous le vent, et des étagères en vitrages contenant des carottes. C’est tout à fait propice à la détente.

 

Il y a aussi beaucoup d’informations qui défilent sur un écran en forme de bandeau, comme dans un centre d’appel. Dans un centre d’appel les informations qui s’affichent sont censées faire peur aux télé-acteurs (durée moyenne de communication trop élevée, nombreux clients en attente de décrochage), là elles sont censées rassurer les consommateurs (qualité nutritionnelle des produits, tests bactériologiques etc…)

 

Le public est très jeune, et apparemment ils travaillent tous dans des centres d’appels. Du coup ils ne sont pas trop dépaysés.

 

(A l’évidence personne ne se lave les mains avant de passer à table, cela dit les toilettes portent un digicode assez dissuasif.)

 

Il y a beaucoup de monde qui fait la queue, mais le service est très rapide, c’est très performant : il y a visiblement eu une mission d’optimisation de la performance industrielle inspirée des méthodes de production de Toyota, qui a permis d’augmenter les cadences. Les deux jeunes femmes qui me servent sont un peu sous tension, mais leur tandem est efficace : «sur place ou à emporter ? grand menu big mac ou moyen big mac ? mayonnaise ou ketchup ? chicken grillé ou pané ? sauce light ou extra light ? sauce curry ou barbecue ? 15,50 Euros !» crie la première tandis que la seconde court en glissant sur des frites collées au sol pour aller chercher les éléments constitutifs de mon repas. Les gens dans la queue me poussent, car je n’évacue pas assez vite la chaîne de production. Je pars m’asseoir avec un plateau surchargé de cartons.

 

Le sol colle un peu.

 

Je fais la queue pour m’asseoir à une sorte de table de bar avec des tabourets en hauteur. J’écoute la conversation des jeunes hommes en costume, à cheveux courts en forme de petites pointes, avec beaucoup de gel, qui finissent leur repas. Apparemment ils travaillent dans un centre d’appels alors ils sont pressés de retourner travailler « j’ai 17 minutes de pause, il faut que je fasse mes objectifs à 100% ». Puis ils se lèvent et me laissent la place. Je m’assois. J’ouvre les emballages de carton volumineux qui contiennent de petites choses plates, moelleuses et orangées au fumet douceâtre.

 

Deux autres jeunes hommes en costume, à cheveux courts en forme de petites pointes, avec beaucoup de gel, s’assoient à côté de moi. Ils sont en BTS Alternance « Action Commerciale ». Le premier est content, il parle très vite, il a pris visiblement pris cette habitude dans le centre d’appel ou il travaille. « Je me suis bien intégré à la boîte, on me fait faire du phoning pour le Directeur Commercial Mr Fredy Benchemoul, je dois faire 18 rendez-vous par jour». Mes doigts sentent la sauce béarnaise. Le panneau lumineux m’indique que les frites Mc Donal’ds sont cuites à 180 degrés et fabriquées uniquement avec 18 variétés de pommes de terre françaises. « Pour l’instant j’habite à Noisy chez maman, je viens en RER, c’est loin, je mets 180 minutes, mais je suis sûr qu’à la fin de mon contrat d’alternance Mr Benchemoul va m’embaucher, il a vu que j’avais la niaque à 100% ». Mes cheveux commencent à sentir la frite. Le panneau lumineux affirme que les steacks hachés pèsent exactement 180 grammes et sont fabriqués à 100%  à partir de viande hachée française. « Bon j’ai pas encore de tickets restau, je paie le repas de ma poche, alors je mange à Mc-Do tous les jours mais j’adore les Big-Mac, j’en prends toujours trois de 180 grammes avec deux grandes frites et je les dévore à 100% ». Mes cils se mettent à sentir le cornichon à la russe. Nos salades sont contrôlées 100% bactériologiquement tous les 15 jours. « Monsieur Benchemoul m’a dit que j’aurai une grosse part de variable -95%- alors je me défonce, j’ai une de ces niaques, je suis sûr que je vais faire mon objectif à 100% ». Mes mains sentent le ketchup. Le panneau lumineux accélère : nos chicken nuggets sont fabriqués avec 180 sortes de nuggets élevés à 100%  en plein poulet. « Je dois faire 90 appels par heure, mais j’ai une pause pipi de 5 minutes par heure, c’est un vrai challenge 100% ». Le panneau lumineux s’emballe : nos 125 variétés de filet-O-fish vivent 100% en pleine mer.

 

Ma gorge sent le vomi. Il est temps de partir.

Posté par FredBredouille à 18:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Optimisation de moi meme

Je travaille dans le business. A la Défense. Depuis 20 ans. Je compte bien y mourir d’ailleurs.

 

Chez nous dans le business on adore les choses rationnelles. On aime la rationalité, on aime l’optimum. L’optimum c’est quand on évite de faire des dépenses inutiles, par exemple d’avoir deux services de comptabilité pour la même fililale, ça ne sert à rien. C’est bien pour cela que les comptables on les met en Pologne.

On aime aussi la croissance, c’est-à-dire quand on a plein de clients qui font la queue devant nos points de vente pour acheter des choses très chères qui font bip.

 

Un matin je me lavais les dents et je me suis regardée dans la glace, et j’ai dû me rendre à l’évidence : je n’étais pas moi-même à l’optimum. J’avais de nombreux organes en excédent : yeux, oreilles, trous de nez, bras, jambes, reins.

 

Du coup j’ai commencé par une vague de mutualisation : je me suis fait supprimer un œil, boucher une oreille et un trou de nez, amputer un bras, une jambe, un rein.

 

Tous ces organes je les ai revendus sur E-Bay, et j’en ai tiré un bon prix que j’ai comptabilisés dans mon bilan au poste « Cession exceptionnelles d’actifs ».

 

Quand j’ai un besoin particulier (pour une réunion client importante par exemple) je loue un organe en pay-per-use. Par exemple si j’ai besoin de regarder à ma droite pendant une réunion je me fais livrer un œil droit, si j’ai besoin de monter un escalier je me fais livrer une jambe gauche. Comme mon prestataire est basé au Skri-Lanka il me livre parfois des jambes un peu basanées mais pour une réunion ça va : je mets un bas de contention et ça passe très bien. Une fois, la jambe était vraiment trop courte et très poilue, du coup j’ai dû mettre en place un SLA – un service level agreement- un contrat de service quoi !– j’ai demandé des critères très simples : j’exige que la jambe soit livrée en 48h chrono comme à La Redoute et qu’elle touche le sol.

 

J’ai tout de suite vu la réaction de mes clients ! Quand j’arrive en réunion je fais toujours sensation, pas comme les consultants Mc Kinsey avec leurs boutons de manchette, leurs Rolex et leurs jambes excédentaires.

 

Tous ces changements ne m’ont pas coûté grand-chose j’ai obtenu un financement au titre du Crédit Impot Recherche : les fonctionnaires de Bercy ont tout de suite vu que je faisais de la vraie innovation de rupture.

 

En plus ces modifications me servent dans ma vie quotidienne. Je  me suis fait  greffer un foie malien et un pancréas de madagascar maintenant je peux boire beaucoup de saké chez le japonais sans être saoûle et manger des plats très épicés sans avoir mal au ventre. Je peux même manger un gros bucket de spicy chicken wings KFC sans courir aux toilettes c’est dire !

 

Le seul domaine qui ne me paraissait pas vraiment optimal c’était ma vie sentimentale. Non franchement tous ces rendez-vous Tindr à la chaîne avec à la clé un mojito et un rapport sexuel, c’était vraiment trop artisanal et tellement séquentiel ! Je me suis dit qu’il fallait monter en cadence et passer en phase d’industrialisation.

J’ai donc appelé trois de mes contacts Tindr : Epicure_92, Carpe Diem_78 et Ludo_77. Oui sur Tindr, les hommes aiment la philosophie grecque, sauf en Seine et Marne. Je les ai conviés chez moi un soir, et je leur ai proposé d’utiliser mes trois orifices en même temps. Ils avaient l’air très content au début mais tout s’est détraqué quand ils ont commencé à se battre pour savoir qui pourrait me sodomiser, à tel point que j’ai dû faire du reengineering de process, mettre en place une file d’attente, leur distribuer des tickets comme à la Sécu. Résultat des courses : un rapport sexuel totalement sub-optimal avec à la clé une surchauffe de l’outil goulot comme dans l’industrie lourde. Enfin,  tout était devenu clair dans mon esprit : les hommes n’aimaient que la sodomie, c’était donc à moi de répondre à leurs attentes. J’ai pris la décision qui s’imposait : je me suis fait remplacer le vagin par un anus supplémentaire. Pour ma bouche ? J’hésite un peu car ce que je préfère faire dans la vie c’est commenter des powerpoints, donc ça me pénaliserait un peu du coup je vais en rester là.

 

Bon là quand même, je me sens rationnelle, je me sens optimisée. J’ai été au bout de ma démarche. J’ai fait preuve d’engagement. Là je suis enfin digne de La Défense.

 

Ah ! Mon cœur ! ah je savais bien qu’un cœur somalien en pay-per-use c’ était peut être pousser l’optimisation un peu loin ! Ah je meurs ! Ah mes dernières volontés : je vous en prie dispersez mes cendres sur le CNIT. Ah la Défense pour toujours quelle joie divine

 

 

 

Posté par FredBredouille à 16:58 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Viens à la Défense petit

Aujourd'hui c'est jour de grève. Angeliki Tzatziki, la jeune collègue de Frédérique Bredouille, a dû amener son enfant de 6 ans, Demis, à la tour de We Feed the World, car il n'y a pas école. Devant s'absenter pour une réunion, elle a confié le gamin pour deux heures à Frédérique Bredouille, dont l'emploi du temps est notoirement flexible.

Frédérique Bredouille: "Alors mon petit Demis, on va rester bien sagement avec Tata Bredouille aujourd'hui, n'est ce pas ?"
Demis : "Oui Madame. C'est quoi ton travail ?"
Frédérique Bredouille "Humm, je suis la Coordinatrice Transverse de la Business Units Résidus Martimes, au sein de la Division Processed Foods de We Feed the World"
Demis : "Ma maman elle m'a dit qu'elle était chef, t'es chef, toi ?"
Frédérique Bredouille : "Mon enfant, la remarque de ta maman m'étonne un peu, il faut sortir de ces schémas hiérarchiques traditionnels, l'organisation est vivante, je fais avancer différents projets en dotted line avec différents collaborateurs, dans un mode fonctionnel, vois-tu ? Demis : "Je comprends pas quand tu parles"
Frédérique Bredouille à elle-même "Humm...comment adapter ma pensée synthétique et conceptuelle à cette créature inachevée ? Feu mon fils Petit Rôti posait moins de questions !" à Demis "Tu vois mon petit kikidou, je suis chef aussi : j'encadre en direct une agrafeuse et je donne des ordres à la photocopieuse, parfois à voix haute !"
Demis : "Et tu viens ici tous les jours ? Tu restes là toute la journée ?"
Frédérique Bredouille : "Oui, c'est mon bureau. Ma vie se passe ici".
Demis : "Et tu ne t'ennuies pas?"
Frédérique Bredouille : "Jamais, penses-tu ! Regarde, j'ai affiché le poster de notre grand projet corporate C3, Lets Go to the Casse-Pipe with Couillenbar Solutions, avec un magifique couteau suisse comme logo. C'est joli et si signifiant, n'est-ce pas ? Notre DIRCOM est décidémment si inventive ! Tiens regarde sur le parvis, tous ces gens, vu d'ici on dirait des petites fourmis tu ne trouves pas?"
Demis : "On peut ouvrir la fenêtre pour leur jeter des choses sur la tête aux fourmis?"
Frédérique Bredouille : "Ouvrir les fenêtre ? Jamais, malheureux ! Il ne faudrait pas que les salariés de We Feed the World puissent se suicider! Aucune des tours de la Défense n'a de fenêtres qui s'ouvrent"
Demis: "On ne va pas rester là toute la journée ! Je m'ennuie !"
Frédérique Bredouille :"Comment ça tu t'ennuies ? Fais comme moi, regarde ce beau poster, il est si coloré, des fois je le fixe du regard et il me sert de mantra pour ma méditation, j'entre litéralement en transe". A elle-même :"Tiens cela me fait penser qu'il faudra que je change le poster car notre  slogan a changé, c'est désormais C2, Casse Yourself in the Crisis, notre Dircom a fait du cost-cutting sur l'acronyme, c'est prudent en ces temps de récession".
Demis : "On va se promener ? Maman elle dit qu'il faut prendre l'air c'est bon pour la santé"
Frédérique Bredouille : "Se promener ? Tu veux dire quitter la tour We Feed the World en pleine journée?"
Demis : "Oui se promener, aller au toboggan !"
Frédérique Bredouille : "Se promener ? En ville ? Même pas pour aller faire du sexe ?". Frédérique Bredouille est perplexe. Durant les 15 dernières années, elle n'a quitté la tour We Feed the World que pour aller sucer du Meeticien,  activité qui désormais s'apparente à la routine et lui procure autant de plaisir que de passer une commande dans le système achats. Du coup elle sort moins et passe plus de commandes dans le système achats pour compenser. "Ok, allons nous promener...". La sueur perle sur son front à l'idée de quitter la tour hors des horaires officiels.

Frédérique Bredouille et Demis marchent sur le parvis de la Défense, main dans la main.


Demis :" C'est là le toboggan ? ".
Frédérique Bredouille :"Non, ça c'est une sculpture de Calder mon chéri. C'est un grand artiste contemporain, et on en peut pas monter dessus ce n'est pas fait pour. Tu pourrais te faire bobo et fendre ta tête sur les dalles, elle sont en béton et pas en mousse."

Une jeune femme déguisée en intestin grêle leur offre des échantillons de All-Bran liquide dans des petites bouteilles.

Demis :"Pourquoi la dame elle est déguisée, c'est carnaval?".
Frédérique Bredouille "Pas du tout mon poussin, elle tente d'attirer l'attention des consommateurs potentiels, et de provoquer un premier contact avec le produit, de façon à provoquer l'acte d'achat ultérieur sur le point de vente, ce qui n'est pas un métier très lucratif, mais en ces temps de récession, j'imagine que cette jeune femme n'a pas eu le choix ! Humm pardon, je ne suis pas très claire hein ? Je veux dire qu'elle veut nous faire goûter son lolo qui fait faire caca et que c'est un métier qui rend pauvre. "
Demis : "Moi, plus tard, comme métier, je veux faire astronaute !"
Frédérique Bredouille : "Hé bien mon chouchou, c'est un métier qui offre bien peu de débouchés, je te conseille d'exercer une profession plus courante, comme commercial dans l'outsourcing, ingénieur informaticien spécialisé en monétique, ou consultant en centres de services partagés par exemple. Astronaute ! Je vois d'ici la tête de ton conseiller au Pôle Emploi quand tu vas lui annoncer ça ! Il ne doit même pas avoir de code ROME pour ce type de profession! Pourquoi pas Père Noël comme métier ?"
Demis a la lèvre inférieure qui tremblote."Ben ma maman elle a dit que c'était un beau métier, que je pourrai lui faire des bisous depuis la navette spatiale!"
Frédérique Bredouille : "Pfouu ! Mon poulet ! Des bisous ! Depuis la navette spatiale ! Mais tu serais bien trop haut dans le ciel, ta maman ne te verrait pas et puis tu as le nez plein de morve tu ferais des tâches sur le hublot, après les russes te jetteraient dans l'hyperespace et personne ne t'entendrait crier. Allez, viens chez Mc DO, y'a des cheeseburgers tu pourras leur faire plein de bisous "
Demis : "Oui ! Mac Do! Chouette ! Avec maman on y va le samedi midi après la piscine !"
Frédérique Bredouille : "C'est bien mon canard, en plus, dans la boite en carton du Happy Meal tu auras un joli jouet fabriqué par tes petits copains chinois de ton âge que tu pourrais presque jouer avec au toboggan si ils ne travaillaient pas 18 heures par jour"

Devant chez Mc Do, Frédérique Bredouille et Demis butent sur une bohémienne qui mendie avec son enfant dans les bras.

Demis : "La dame elle a pas de maison?"
Frédérique Bredouille :"Ha non, mon choupinet, elle passe la journée là. Elle a l'air contente d'ailleurs. Regarde le bébé on dirait qu'il médite lui aussi. Ha non il fait dodo. Oups, je crois qu'il a encore du Nopron au coin de la bouche ce gourmand! C'est vrai que ça a bon goût. Pas comme le Xanax qui est amer."
Demis : "Moi plus tard, j'aurai une belle maison, maman elle m'a dit que je me marierai avec une princesse et que j'habiterai dans un château"
Frédérique Bredouille : "Oui, bien sûr, mon petit chat. Tu appeleras le Cetelem, et ils te donneront un joli château pour mettre dedans ta princesse Coquinette_78. Enfin un château... Tout dépend de ce que l'on met dans le mot château, hein! Trois stickers imprimé pierre sur un mobil-home, un drapeau et l'affaire est dans le sac, comme les décorations sur le château des Playmobils. Demande à la dame dehors, je suis sûre qu'elle habite aussi dans un château à roulettes avec son bébé qui fait souvent dodo. Mange tes frites"
Demis, criant, des frites plein la bouche: "Tu mens ! Ma maman elle a dit que je me marierai avec une vraie princesse et que j'habiterai dans un vrai château. Pas le château des Playmobils!"
Frédérique Bredouille : "Oui mon chouchou,bien sûr ! Et ta maman aussi elle vit avec le prince charmant, hein ? Frédéric, c'est ça ? Ha non, ça c'était le prince du mois dernier, ce mois-ci c'est Jean-François, non ? Et en janvier, c'était Steeve, je crois. Je m'emmêle un peu parce que ce sont des amis à moi aussi, mais moi je les appelle cokinsensuel_29, bogoss_45 et bosportif_76, c'est plus facile à se rappeler. Allez finis ta compote ambulatoire". Pensive, à elle-même "C'est drôle cette poche de compote, ça me fait penser à une poche de sang pour transfusion".
Demis se met à sangloter. "Je veux retourner voir ma maman!"
Frédérique Bredouille : "Houlala ! Pourquoi tu pleures mon poussin ? Parce que j'ai parlé de transfusion ! Mais comme je suis bête, aussi, je ne sais pas y faire avec les enfants, je te fais peur, tu sais je ne suis pas habituée, mon fils Petit Rôti est mort très jeune, à un mois seulement,  il était tout vert et il sentait mauvais, en plus, sur la fin. Oui tu sais ça arrive que les enfants meurent. Les mamans aussi d'ailleurs meurent, parfois très jeunes ! Aussi jeune que la tienne, oui oui, c'est possible ! Couic la maman !
Demis pleure à chaudes larmes.
Frédérique Bredouille : "Tu sais, mon chat, je pense que ta maman, elle devrait te montrer un peu plus le monde tel qu'il est.  Tu m'étonnes qu'elle se fatigue autant à te maintenir dans une telle illusion ! La pauvre, quel effort surhumain ! Un vrai village Potemkine ! Heureusement que Tata Bredouille est là pour t'expliquer les choses de la vie, n'est-ce pas, mon coeur ?Tiens mouche-toi, parce que ça te fait une grosse morve verte qui coule dans tes frites! Remarque, c'est assez joli avec le ketchup rouge. En fait j'ai toujours eu un sens inné pour tout ce qui touche aux couleurs...."

L'enfant est désormais mutique. Frédérique Bredouille le ramène à la tour de We Fuck the World et se réinstalle dans son bureau. "
Ha je suis soulagée, je n'aime pas m'absenter de mon bureau sans motif valable". Elle fixe le couteau suisse sur le poster au mur et entre en méditation, les yeux exhorbités. L'enfant la regarde, effrayé.

Angeliki sort de réunion :"Alors ça a été tous les deux ?" Demis se précipite dans la jupe de sa mère.
Frédérique Bredouille sort de sa transe." Oui il a appris plein de choses aujourd'hui ! Ca c'est très très bien passé ! Je suis ravie ! Finalement je suis très pédagogue ! L'habitude de la conduite du changement lors des projets de réorganisation sans doute"
Angeliki soupire : "Il y a encore un préavis de grève pour jeudi prochain, et j'ai un comité de pilotage, la tuile!"
Frédérique Bredouille :"Mais voyons, pas de problème, je m'occuperai de lui, il est charmant! Hein, Demis qu'on est copains tous les deux ?"
A l'oreille de Demis "Jeudi prochain je t'explique comment on fait les enfants !"

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Globish

Quand on travaille dans le CAC 40, il faut maîtriser de nombreuses langues. Pas l’anglais, l’allemand ou l’espagnol, non, ça c’est ce qui est marqué sur les annonces de l’APEC. Le français aussi est inutile

 En vrai il faut maîtriser les deux langues du CAC 40 : le bullshit et le globish.

 

Aujourd’hui le globish.

 

Le globish c’est l’anglais, mais l’anglais des mecs qui sont pas anglais et qui le parlent mal pour quand même se comprendre entre eux. Ca vient de Global English.

 

Aujourd’hui je suis en déplacement pour le travail à Düsseldorf.

 

J’atterris à l’aéroport à 7h, je me pose à l’hôtel, dans la zone d’activité de Frustuckstaffen, et je vais au rendez-vous de travail dans la filiale allemande de mon groupe, dans la zone d’activité de Grossewurtzstaffen. Le site a été choisi pour des raisons de commodité d’accès et de maîtrise de la taxe foncière. Je comprends vite pourquoi : la zone d’activité de Grossewurtzstaffen est encore en construction, donc en réalité elle se compose de quelques constructions cubiques à côte de l’échangeur autoroutier, sous les pistes de l’aéroport. Le parking de la boîte est encore en boue, car il pleut souvent à Düsseldorf. Le taxi me laisse devant l’entrée, je souille mes mocassins à glands (et je mouille mon sac à main allemand).

 

Pour des raisons de contraction de la masse salariale, il n’y a pas d’hôtesse d’accueil. Je passe derrière une femme d’âge moyen qui badge le tourniquet d’entrée. Malheureusement l’ascenseur aussi est à badge. Comme elle ne va pas au même étage que moi, je reste coincée dans l’ascenseur jusqu’à ce qu’un homme d’âge moyen appelle l’ascenseur et ouvre enfin la porte. Je décide de prendre l’escalier, mais il y a aussi une badgeuse de sécurité à l’entrée de l’étage ou je dois me rendre, donc je reste coincée derrière la porte palière. J’appelle Paris sur mon portable pour qu’on prévienne quelqu’un du bureau allemand, mais le réseau ne passe pas, car je suis au centre de l’immeuble. J’attends patiemment. Heureusement une femme turque avec un chariot plein de balais arrive et me libère, vers 10h. C’était bien la peine de partir si tôt ce matin ! Je vais être en retard pour ma réunion !

Je suis enfin dans le couloir de l’étage où a lieu ma réunion, organisée par Concepcion Von Bülow, et je cherche la salle 22bis, mais personne n’est capable de me l’indiquer, ce sont visiblement des bureaux de passage, des « passagen burös », et les gens me répondent « Conchita Von Bulöw ? Es gibt kein Conchita hier ». Je n’entends pas très bien leur réponse car le bruit des avions couvre leur voix.

Par le plus grand des hasards, après avoir fait le tour du plateau 4 fois, je trouve la salle de réunion 22bis. Alleluiah !

Il y a là Luciana Kytoôvitaä, Esther Goebbels, Minna-Maâritt Gonzalez, John Pinchon, Heather Bonnani et Dirk BinMouloud, toute l’équipe projet transverse pour le global.

Je les salue « Hi everybody, it is difficile find the reunion room this morning, I stay coinced in the stair since one hour! ».

Ils rient de bon coeur “Yes it is hard find ! We too, we stay coinced, but we helped by this dark woman with the balais which decoinced us. Don’t worry the reunion just startado, guten tag, have some würst”.

Je ne prends pas de salami danois, cela me rend malade le matin.

 La discussion tourne autour de la meilleure manière d’accélérer le projet.

 Dirk BinMouloud propose des solutions radicales :

« Lets us do the quicking strategy, we do the time-boxing with the documents, and we go see the big boss in the estados unidos to present very gross resulting of our equipping ASAP»

 Concepcion Von Bülow n’est pas d’accord et propose une solution plus « soft » :

« No Dirk, we must not do the quicking strategie, wir müssen machen die soften strategie. Wir tenemos que dirlos que los projectos sind nicht ready, das wir must getting more money for the team before the gross resulting show! “

 L’ensemble de l’équipe semble se positionner sur la ligne Von Bulow

« Ja ! »

« Gut ! »

« Bonito ! »

« Que calor en la casa ! »

« Das telefon klingelt ! »

 Ha le téléphone sonne, c’est Abdelkrim Zychowsky qui est coincé dans l’escalier. Minna-Maâritt Gonzalez se lève pour aller le libérer.

 Heather Bonnani allume le barco pour faire la présentation du business-case du projet, un message « Syntaxerror : no source » s’affiche sur l’écran.

« Ach, diese barco sind merdiques ! »

“Ja, es verdadero en all the countries, das is sure!”

“This technologie suck for sure”

“Heather loser” ironise Esther Goebbels qui plonge sous la table pour rebrancher la prise réseau.

Elle s’électrocute. « Ach ! My grand father always told me electricity not good, gas better ! »

 Enfin les chiffres apparaissent sur l’écran, mais visiblement ils sont faux. Surtout ceux que j’ai fournis pour la partie française du projet.

« Cabron ! Bredouille, you fuck up again ! »

“Bredouille, your finance not bonita at all! It all wrong ! you do again ! “

« Bredouille, you grosse wurst ! »

« Bredouille  loser » ironise Esther Goebbels, remise de son accident mais encore hémiplégique.

 

Je concède quelques erreurs dues à un reporting trop rapide de ma part (le volet international de mon activité passe souvent après de nombreuses tâches).

A midi nous ne nous arrêtons pas de réunionner pour déjeuner d’un plateau-repas fait de salami danois et de cornichons à la russe, arrosé de café froid. J’ai le plus grand mal à prendre des notes, car tout le monde parle la bouche pleine et je ne comprends plus rien.

« Gronch gronch slurp Die projecting transversalling is not bonito at all grunch grunch! »

“Ja wir gronch slurp mussen demanding more dollars grunch

“Ich bin ein Berliner, gronch gronch pass me the salt please slurp»

 

A 18h30, Abdelkrim Zychowsky, qui doit reprendre l’avion pour Gaza et a quelques check-points à passer, annonce son départ « Ich must go because if I stay coinced in the stair again I can’t be on time for the check-point in Naplouse ».

 

J’en profite pour m’éclipser aussi et décliner la proposition de Luciana Kytoôvitaä qui propose d’aller tous boire un verre et grignoter quelque chose à la cafétéria de la zone d’activité «Eine Grosse Schwarzbrot Mit Mayonnaise ! Da ist bueno !».

 

Demain nous nous retrouvons dans la même salle à 8h pour faire le point sur les actions de conduite du changement afférentes au volet Asie du projet, et nous aurons un conf-call avec Xiao-Ling Ratovondrahona.

 

Je me sauve au centre-ville pour faire un tour dans un des Eros-Center qui ont fait la réputation de la ville.

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Comment j'ai adopté un roti de porc

Zizi_panpan28 et moi n’arrivons pas à procréer.

 

Pourtant nous avons mis toutes les chances de notre côté. Nous utilisons les préservatifs vibrants de Manix, il ne me prend que par derrière, et il m’en met plein la figure. Nous faisons tout cela tous les lundis soirs, de 20h à 20H45, chez moi, car les autres soirs il est très pris par son travail et que chez lui c’est un peu en désordre.  

 

Voyant mes difficultés à concevoir, il a consulté un médecin de réputation internationale, qui officie dans le Marais, à Paris. Il y a des jolis dessins sur la devanture de la consultation, qui se trouve curieusement en rez-de -chaussée. Ce médecin m’a implanté un piercing en forme de cloche suisse dans le clitoris. Selon zizi_panpan28, les gamètes pénètreront donc directement à l’intérieur de mon organisme via le clitoris. En attendant je suis un peu gênée, surtout quand je danse le ragga, ça fait un peu cling-cling. Mais que ne ferais-je pas pour être mère !

 

Il a aussi pris conseil auprès d’un ami qui est père de 5 enfants, et qui sait donc de quoi il parle : cet ami lui a certifié que si j’étais fécondée en même temps par deux hommes différents, je maximiserais mes chances. Il nous a donc aimablement rendu visite et prêté main forte en introduisant son sexe dans ma bouche pendant que zizi_panpan28 se décarcassait derrière moi, à l’aide des nouveaux modèles d’anneaux vibrants de chez Manix, les « Twister ».

 

Toujours rien. Je suis totalement desespérée.

J’ai consulté le bon Dr Benchemoul, (qui se remet difficilement de son agression par son patient Richard Durn. Il bave un peu maintenant).

 

« Ha vous savez la psychiatrie, c’est très saisonnier ! Les dépressifs c’est aux changements de saison, à l’approche des vacances et à Noël. Mais les femmes stériles, pour nous psychiatres, c’est le fond de rayon ! Y’en a tout le temps ! Moi je leur dis à toutes : z’avez qu’à adopter un petit Noir ! »

 

Ces propos m’ont bien réconfortée. Je me suis immédiatement rendue à la DDASS locale, où j’ai expliqué à Melle Betbèze, la chargée de mission, que je souhaitais adopter un enfant.

 

« Melle Betbèze, je m’en suis pris plein la figure par deux hommes, il me faut à chaque fois 12 Demak’up pour m’éponger, j’ai le cul qui tremble en permanence à force d’utiliser des anneaux vibrants de chez Manix, je fais cling-cling quand je danse le ragga à cause de la cloche suisse qu’on m’a greffée au clitoris, et pourtant je ne suis toujours pas enceinte. J’ai bien la nausée, mais ce n’est pas une grossesse, j’ai déjà fait 7 échographies de contrôle pour en avoir le cœur net. Et cela n’a pas été évident parce que ma cloche suisse est en métal et dérègle tout le matériel de l’obstétricien ! Melle Betbèze, est-ce que je pourrais adopter un petit Noir ?».

 

Melle Betbèze m’a répondu dans le langage alambiqué qu’utilisent souvent les agents de la fonction publique : « Non».

 

Je suis sortie de chez Melle Betbeze complètement assommée.

 

Heureusement, alors que je passais devant une boucherie Bernard, j’ai vu un joli petit rôti de porc délicatement emballé dans du papier ruban. Il était tellement mignon qu’il m’a donné envie de pleurer. J’ai demandé au boucher : « C’est l’enfant Jésus ? ». Il m’a répondu « Non, c’est 10 euros le kilo, et on peut vous le fourrer aux pruneaux si vous voulez ». « Surtout pas, malheureux, mon enfant fourré aux pruneaux ! Sacrilège ! Attendez moi, je passe chez Natalys et je reviens »

 

Quelques 1 000 Euros dépensés plus tard, et après moult réflexions, je revenais de chez Natalys avec la poussette triple options Loola de Bébé Confort, et j’installais mon joli petit rôti à l’intérieur.

 

Et nous vivons heureux tous les trois, zizi_panpan, Petit Rôti et moi, depuis lors. Enfin zizi_panpan vient un peu moins souvent, surtout depuis que je lui ai demandé sa photo pour mettre sur le faire-part de baptême de Petit Rôti, mais je sais qu’il pense très fort à nous.

 

Ha l’amour maternel, c’est si beau !

 

 

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La valuesite, une pathologie épouvantable

J’ai attrapé une maladie épouvantable.

***

Cet été, lors du séminaire annuel au vert de mon entreprise, We Fuck The World, j’ai accepté de suivre notre bon DG, William H Benchemoul, dans sa chambre d’hôtel. Il m’avait promis que son sexe détenait le pouvoir magique de transmettre des compétences en matière de technologie. Comme mon PC affichait le message « Permanent Fatal Error » à chaque fois que je l’allumais, et que la hot-line, ayant été délocalisée en Pologne, ne répondait plus à aucun appel, j’ai pensé que cette solution était la bonne. Je l’ai longuement remercié de la faveur qu’il m’accordait en le suivant à travers le parc du château où se tenait le séminaire.

A mon retour, j’étais pleine d’espoir : comme je m’en étais pris plein la figure, je pensais que j’allais être capable non seulement de faire fonctionner mon PC, mais aussi de le connecter au WIFI et de synchroniser mon Android.

A mon grand dam, rien de tel ne s’est produit. Par contre, les symptômes très handicapants ont commencé à apparaître très rapidement : je me suis mise à parler comme le DG dans sa lettre annuelle aux collaborateurs.

La première fois que cela s’est produit, c’était juste à mon retour de vacances, à la machine à café, j’ai voulu saluer ma collègue Ghislaine du contrôle de gestion, et je me suis entendue lui parler ainsi : « Ma chère Ghislaine, pour toi, l’été a été le temps de vacances bien méritées, permettant de retrouver tes proches et de t’adonner à des activités pour lesquelles tu manques souvent de temps le reste de l’année ». A quoi Ghislaine m’a répondu « Dis donc, t’as trop fumé la chicha au hakik cet été ou quoi ? »

La seconde fois, lors d’une réunion extrêmement conflictuelle car réunissant une forte proportion de collaborateurs porteurs de moccassins à glands, j’ai pris la parole de la façon suivante : « Face aux défis de notre industrie en pleine mutation et malgré un marché favorable, il nous faut tout à la fois accélérer notre transformation, contenir nos coûts de fonctionnement et continuer à améliorer nos résultats. Or les tensions qui se font jour sur ce projet mettent en évidence la nécessité de créer une nouvelle Strategic Business Unit, dans le cadre d’un projet que je vous propose de baptiser C4 – pour How to solve our Craignos Cassetête by sending you to the Cassepipe with Couillenbar solutions ? ». 

Les collaborateurs à mocassins furent très déçus : « On ne comprend rien du tout à ce qu’elle dit, on dirait le DG, d’habitude à ce stade de la réunion Frédérique Bredouille se penche en avant sur la table et propose d’aller boire un Screaming Orgasm au bar du Sofitel, elle dit que c’est quand même plus convivial que ces salles de réunion sans fenêtres, et on en a le zizi qui coule. Que se passe-t-il ? On nous l’aurait changée ? »

La dernière fois fût la plus critique : je m’achetais un morceau de boudin chez ma charcutière préférée, et je l’ai félicitée pour la qualité récurrente de ses produits de la façon suivante : « La performance de vos chipolatas est tout à fait honorable au regard des priorités que nous nous sommes fixées en début d’année, et toutes vos charcuteries contribuent à ces bons résultats » Elle a eu l’air interloquée, et s’est retournée vers son mari derrière le comptoir « Tu te souvenais qu’on avait fixé des objectifs sur la chipo de Melle Bredouille, toi ?». J’ai insisté : « Ces bons résultats, nous les devons à votre professionnalisme, à l’énergie que vous déployez dans votre travail et à une collaboration accrue à tous les niveaux ». Puis j’ai fait un geste grandiose de la main pour les saluer, et je suis sortie de la charcuterie « Au revoir ! »

Là j’ai compris qu’il fallait vraiment consulter : j’ai dû voir de nombreux praticiens avant qu’un diagnostic ne soit posé.

Je suis arrivée chez mon généraliste en m’exprimant ainsi : « Si je veux rester fidèle à mes valeurs et à mon histoire, il me faut conduire les changements nécessaires pour toujours mieux servir mes clients, et satisfaire mes actionnaires ». Effrayé, et craignant une infection généralisée, mon généraliste m’a recommandé des bains de bouche à l’Hextril, qui se sont avérés inefficaces.

Mon psychanaliste a été fidèle à sa ligne de conduite en me reparlant du divorce de mes grands parents à Charleville Mézières en 1945 (avec lui je suis prévenue, je prends toujours une brouette remplie des registres d’état civil écrits à la plume d’oie quand je vais le voir).

Heureusement mon ortophoniste a enfin identifié le problème clairement : il m’a fallu me rendre à l’évidence, j’ai attrapé une valuesite, (prononcer Valiouzite), de l’anglais « values », valeurs.

Apparemment c’est très courant quand on a le malheur de sucer un DG. Mon orthophoniste connaissait bien cette pathologie car elle-même avait dans le passé pratiqué une fellation sur son chef de service à Saint-Antoine dans l’espoir fou de réussir à mémoriser le Vidal en une soirée, et était restée handicapée par une diction et un vocabulaire très étranges pendant plusieurs mois.

J’espère que je vais m’en sortir 

Posté par FredBredouille à 16:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Sortie de bureau

Un jour de beau temps, j’ai eu l’idée saugrenue de me poster devant l’entrée de ma tour à la Défense. J’y ai passé plusieurs heures.

***

A 17h, on voit sortir d’un pas pressé toutes les « femmes du métro ». Des femmes à l’âge indéterminé, à la couleur de cheveux indéterminé, qui serrent fort leur sac à main et portent des chaussures confortables, genre Mephisto. Elles se dépêchent car elles doivent impérativement attraper le train qui leur permettra d’atteindre leur banlieue éloignée (elles ont 4 changements, et leur mari les attend sur le parking de la gare en voiture). Elles ont l’air tendu, elles marchent aussi vite que le leur permettent leurs petites jambes. En général elles sont assistantes, comptables, elles travaillent au standard ou aux services généraux. Elles grognent entre elles « Nadège, t’es encore en retard ! Ton mari va t’engueuler !» « T’as raison Chantal, mais ma chef, la Quitterie, elle m’a encore demandé de lui passer la commande dans le système achat à 16h55» « Elle sait bien pourtant que t’habite loin, quelle salope cette bonne femme quand même, on voit bien qu’elle habite pas à Pontault-Combault, elle».  Il y a quelques hommes, ils ont souvent des costumes moutarde avec des pantalons verts bouteille, des cravates à motifs voyants, des costumes un peu de guingois. Eux aussi habitent loin de la Défense. Ils travaillent aux archives, à la repro, au courrier.  Ils ont tous commencé assez tôt le matin, ils travaillent aux 35H.

A 18h30 c’est la foule des employées mères de famille qui doivent impérativement être à la maison à 19h15 dernier carat car la baby-sitter va leur faire un caca nerveux si elles sont en retard. Elles courent littéralement car elles ont réussi à s’échapper d’une réunion, se sentent profondément coupables vis-à-vis de leur employeur et sont littéralement en sueur. Leur sac à main est béant, elles ont remballé leurs affaires à la va-vite, et elles risquent de laisser tomber sur le parvis la clé USB qui contient le dossier qu’elles traiteront à la maison le soir, quand les petits seront couchés. Elles parlent seules, à haute voie « Faut que je me note dans la To-Do List de refaire les calculs pour le budget hypothèse basse que m’a demandé Quitterie. Ha et puis faut pas que j’oublie de faire les salaires de la nounou et de la baby-sitter sur le site de la CAF, ha et puis faut pas que j’oublie de faire le gâteau pour la fête de l’école demain…. ». Ensuite elles se taisent, mais leurs visages sont agités de tics nerveux : elles se mordent les joues en ruminant la liste de leurs tâches, les yeux dans le vague. « Comment je m’appelle, déjà ? Véronique ? Ha oui c’est ça, Véronique ». 

A 19H00 sortent les intérimaires. La foule est nettement plus bigarrée : il y a des femmes noires, des arabes. Elles sont habillées en cadres dynamiques, elles ont de jolis tailleurs. Elles sont souvent sportives. « Dis Bintou, t’as combien toi avec Interim Nation pour la prime de précarité ? » «Ben 150 Euros, mais pourquoi tu me demandes ça Fatima ? » « Ben parce que la Quitterie elle m’a dit qu’elle voulait me refaire un nouveau contrat, pour remplacer la vioque, tu sais Nadège, celle qu’a les cheveux rouges et qui grogne tout le temps » « Ha oui, mais t’as pas le droit d’en faire 3 des contrats d’interim au même poste » « Ben j’en suis déjà au 7eme, alors ! » « Oui remarque moi aussi ils m’ont changé mon intitulé de fonction mais je fais la même chose depuis 4 ans » « Bon salut j’me dépêche j’ai kick-boxing et après je vais à une conférence sur la littérature médiévale à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes » « Salut Fatima ! » 

A 19h30 sortent les cadres supérieurs. Ils ne se pressent pas, car ils habitent à 5 mn de tram de la Défense, dans des communes verdoyantes comme Saint-Cloud, où ils rejoindront un joli pavillon avec jardin, et où la nounou des enfants a mitonné un bon repas. Les femmes marchent avec élégance et maintien, elles portent des sacs Longchamp et ont des bagues de fiancailles grosses comme des bouchons de carafe. Elles sont souvent laides mais leurs attaches sont fines. Elles papotent entre elles : « Mon assistante, Nadège, elle n’est vraiment pas fiable, impossible de lui demander de rester 1h de plus pour me boucler ce passage de commandes dans le système achats, c’est incroyable comme elle est rigide, une vraie fonctionnaire ! Pourtant je l’ai promue au statut cadre, elle devrait être reconnaissante. Hé bien non, elle trouve encore le moyen de grogner qu’elle veut qu’on lui paie ses heures sup, c’est incoyââble ! Et le DRH qui ne vire jamais personne, c’est vraiment du lââxisme ! On se croirait dans le public ! Heureusement que j’ai cette petite intérimaire, la Fatimââ, elle au moins elle est efficace, ça me fait vraiment reconsidérer les préjugés que j’avais sur les musulmans. Et toi, Anne-Lorraine, tu as une petite noire très bien aussi, je crois ?». « Oui Quitterie, j’ai cette petite Bintou qui est une perle. Elle est très bonne en informatique, elle me dépanne tout. D’ailleurs je crois qu’elle a un doctorat en physique nucléaire, c’est vrai que ça aide pour changer les toners des imprimantes !. Enfin elle est quand même drôlement noire, c’est fou cette couleur de peau, des fois je crois qu’elle est bleue » «Tiens en parlant de bleu, ça me fait penser qu’on se voit ce week-end à l’île de Ré ? Ca sera sympââ ! »

A 20h apparaissent les jeunes cadres dynamiques frais émoulus d’écoles de commerce et d’ingénieur qui sortent par grappes en riant « Comment je me suis défoncé au taf aujourd’hui ! J’ai fait de l’Access toute la journée ! Trop ouf ! En plus comme je reste plus tard, j’suis sûr de faire bonne impression, je vais bientôt être promu, parce ma chef Quitterie elle en a marre de la Véronique qui se casse à 18h30, cette feignasse ». Les filles ont de jolis tailleurs et les garçons de beaux costumes, mais ils sentent un peu sous les bras parce qu’une journée de boulot de 10h ça marque un peu quand même, même quand on a un bon déodorant. Ils veulent vraiment faire leurs preuves et une belle carrière.

A 22h sortent les consultants. Ils ressemblent aux jeunes cadres dynamiques, en version plus fatiguée, avec les yeux plus rouges. Ils ont de beaux costumes, un peu déformés à l’épaule par le port d’une grosse sacoche qui contient leur ordinateur et de gros dossiers. « Comment je me suis défoncé au taf aujourd’hui ! J’ai identifié au moins 65 ETP à dégager en mutualisant le service achat! Au rencart les vieilles Nadèges à cheveux rouges qui me raccrochent au nez ! Comment je vais me la donner au prochain Comité de Pilotage ! Tiens Charles-Henri, tu viens chez moi ce soir, je vais me défoncer la tronche aux amphètes avant de me remettre sur Powerpoint pour finaliser mon reporting» « Ha non, c’est sympa, André-Benoît, mais je peux pas, je pars sur le projet de performance industrielle à l’usine de Pournoy-la-Chétive, j’ai un train à 5h demain matin » « Ha Pournoy-la-Chétive ? Ha comment t’es trop de la loose Charles- Henri ! Moi je me suis spécialisé dans la mutualisation des fonctions support, comme ça au moins je suis sûr de taffer à Paris, au siège ! »

Et ou sont passés les membres du COMEX ?

Pas par la porte d’entrée.

(Les membres du COMEX sont partis par la rampe du parking, au volant de belles voitures avec sièges en cuir. A quelle heure ?).

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Evaluation, augmentation

C’est la période des évaluations et des augmentations. C’est donc le moment de choisir la bonne stratégie pour obtenir quelque chose de son supérieur hiérarchique direct, en l’espèce Jean Guy k Pinchon IIIrd, dit aussi « Exterminator ». Son surnom lui vient de son empathie naturelle, que l’on peut presque qualifier de bonhomie, et d’une propension excessive à l’altruisme qui lui joue souvent des tours. Oui je ne suis que le N-2 de notre bon DG, William H Benchemoul, à qui je dois mon poste en raison de prestations de service diverses et variées.

Il existe plusieurs options, mais comme dans les jeux Mickey Parade, il n’y a qu’un seul bon chemin pour aider Pluto à retrouver son nonos.

***

Version 1 : Kerbala. Jean-Guy, cette année, j’ai sué sang et eau pour toi, j’ai tenu des milliers de conf-calls avec le global, à m’en faire saigner les pavillons des oreilles, j’ai traduit des milliers de pages de compte-rendus de coordination transverse du globish au bullshit pour que cela soit encore moins compréhensible, à m’en faire peler les pouces sur mon clavier, j’ai forwardé des millions de mails pour fluidifier la circulation de l’information entre nos équipes à m’en faire craquer l’index droit sur la souris. Peux-tu me faire l’offrande d’une augmentation de 2% que je consacrerai à acheter chaque jour des cheese-nan, que je déposerai sur l’autel à ton effigie que je tiens dans ma chambre ? Oui celui avec des tas de petites bougies et des mangues un peu trop mûres qui encadrent ta photo prise lors du fun-event ou nous avions joué ensemble au paint-ball et tu m’avais tiré dans les fesses exprès pour le team-building, et j’avais eu un gros bleu pendant 3 mois parce que j’ai une mauvaise circulation. Hein Jean-Paul ?

Version 2 : Rangoon. Jean-Paul, tu vois ce pneu ? Tu vois cette bouteille de white spirit ? Tu me vois me déshabiller et entrer dans le pneu ? Oui ? Regarde comment je m’asperge mes jolis nichons ? Et mes beaux cheveux ? Je suis folle ? Oui je suis folle ! Tu vois ce zippo ? Tu entends le son du zippo qui claque quand on l’ouvre ? Tu vois mon sourire extatique Jean-Paul, tu t’en souviendras quand tu repenseras à toute cette belle coordination transverse que je faisais pour toi ? Si tu ne m’augmentes pas de 2%, je laisse tomber le zippo Jean Paul ! HAAAAAAA ! Je brûle !!!!!

Version 3 : Vienne 1972. Jean-Paul, je ne suis pas venue dans ton bureau pour que que tu m’augmentes. C’est banal ! Je suis venue dans ton bureau pour une performance de body-art. Mais je tiens à ce que tu assistes à ma performance jusqu’au bout et cela ne va pas forcément être très facile pour toi parce que que c’est de l’art mais un peu extrême quand même.Alors voila, d’abord je vais me mettre nue devant toi, oui je sais je ne me suis pas maquillée et j’ai cessé d’aller chez Body Minute depuis deux mois en prévision de ce happening alors ça ne va pas être joli.  Regarde je me flagelle très très fort avec ce double-décimètre. Ouie. Maintenant je chante une chanson de Kraftwerk a capella. Oui je sais ça couine. Maintenant je vais m’auto-mutiler avec des photocopies de compte rendus de conf -calls du global. Oui ça coupe les feuilles sur la tranche, ça saigne un peu. Attention je branche la sono, j’ai amené une petite bande-son de l’IRCAM. Oui je sais Kraftwerk a capella c’était moins dur. Ha ça te fait des frissons dans les dents quand tu entends le bruit d’une fourchette qui racle une casserole ? Ha oui mais ça c’est l’IRCAM, on est expérimental ou on ne l’est pas, Jean Paul, il faut savoir mettre de l’exigence dans ses performances. Maintenant je vais cesser de parler car je vais avaler tout mon dossier d’évaluation, et tu sais que je suis dans l’entreprise depuis 10 ans ! Shrumpf Shrumpf ! Encore une dizaine de pages Shrumpf Shrumpf ! Burp ! Shrumpf Shrumpf ! Burpppp ! Ha j’ai tout vomi sur tes chaussures, je suis désolée ! Bon allez, une dernière, je me roule dans le vomi et j’imprime l’empreinte de mon corps nu sur ton paperboard. Schpouik ! Ca te fera presque un Klein Monochrome, sauf qu’il est un peu plus jaune, avec des petits morceaux dedans, c’est novateur. Ca va Jean-Paul ? Tu es un peu vert ! Ha je vois, tu préfères les peintres pompiers du 19ème, tu n’es pas amateur d’art contemporain peut-être ? Regarde je peux aussi te faire l’Origine du Monde de Courbet, mais il faut que j’écarte un peu les poils parce que comme je te l’ai dit je n’ai pas été chez Body Minute depuis un bail ! Ha non, tu ne veux pas ? Comment ça c’est insupportable ? Ha ben c’est Courbet, c’est plus classique quand même ! Ok je m’en vais. Mais je compte sur toi, parce que sinon je reviens te faire Berlin 1971 la semaine prochaine, j’ai prévu des concressions « à la Arman » mais avec des déjections et des restes d’auto-mutilation à moi moulés dans des cubes de Plexiglas. Ca te dit ?

 Version 4 : Bengalore. « Allo ? Aparajita ? Yes, it’s Bredouille you know, the global bullshit coordinateure ! Yes, you remember me ? Yes I come to Bengalore to make the business case that show that you cost nothing because you eat just cheese nan and you roule in tuktuk and you live in gourbi ! Yeah ! Cool ! Well look Aparajita, I got big problem here, I think the SAP is déconne ! Yeah ! I see not enough Euros on my cheque at the fin of the mois ! Yeah ! You can change this in the system, you just rajoute on zero, is very simple, you press enter and is ok I can spend more money because you know life expensive in the Paris ! Aie my poor, you should see, hein, the cheese nan they sell 15 Euros here ! Ha yes terrible ! We are difficult joindre the two bouts, hein, here ! Ok I count on you , hein Aparajita ! No no you have no problem with your chef if you do this for me, because I will explain, don’t worry. Hein ? You hésite ? Well you know Aparajita, I am a global transverse coordinateure, hein ? You remember that ? Good. And you know my job is to nique the job of the people like you ? Hein ? Yes. You know 2 years ago I nique the job of the Ginette in Paris and I put the RH in the Pologne. And last year the pologne they refuse to augmente me in the SAP and I venge myself and I put the RH in the Bengalore ! And you know I am now working on the dossier of the Papou, in the new Guinea. Because the have os in their nose, but nobody sees it on the telephone, and  they can do the SAP, the papous. And you, you cost a lot because you eat a lot of the cheese nan, and eux, they eat des gros vers blancs, and they live in a hutte, and they sleep on the floor ! Not expensive at all ! So now you are going to be very nice with me, ok , Aparajita ? Good, I like this better….Ciao !

Alors , cher lecteur, as-tu retrouvé l’option choisie par Dusk pour se faire augmenter  cette année ?

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reporting

Aujourd'hui c'est mon grand jour de reporting.


La fin de l'année est proche, et il va bientôt falloir mettre en oeuvre mon plan secret pour obtenir une augmentation (cf Post Augmentation). Je n'ai pas encore choisi mon option, mais j'ai une préférence pour « Vienne 72 ».

A cette fin j'ai déjà acheté chez « Loisirs et Création » le matériel nécessaire à la réalisation des cubes de plexiglas qui contiendront des résidus d'auto-mutilation à moi. Je suis un peu douillette, alors j'ai commencé à les remplir avec des rognures d'ongle et des crottes de nez pour voir. Le résultat est saisissant, on dirait presque du Martial Raysse. Je travaille aussi sur un Mako Moulage de mon nouvel anus (cf Post Optimisation de moi-même), qui relèguera Giacommetti au rang de sculpteur du dimanche. Bref.

Pour obtenir une augmentation, il faut être méritant. Et compétent. Et il faut avoir beaucoup travaillé. (Je tiens ces notions de Monsieur notre Bon Président, Massif Central de la Pensée, sois-tu vénéré pour les siècles des siècles et que le bonheur rayonne sur toi Cécilia, Louis, Jeanne-Marie, et Judith pour l'éternité). Bref.

Il est donc temps de mettre en exergue mes fabuleux résultats 2007, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Je me présente au bureau de Jean-Guy K.Pinchon IIIrd, mon N+1. Je vois par la vitre qu'il est en entretien avec le responsable du Projet C4s ("How to Solve Our Craignos Cassetête by sending you to the Cassepipe with Couillenbar Solutions"), Helmut Ratovodranoha. Apparemment l'entretien est un peu tendu, j'ai appris par la bande (en couchant avec une bande en fait) que le projet coûte plus cher que prévu. L'assistante de Jean-Guy m'indique qu'il est en retard sur son planning. Elle me préviendra quand il sera disponible.

C'est étrange elle est rousse, il me semblait bien qu'hier elle était brune et qu'avant-hier elle était noire. Mais j'ai bu beaucoup de mojiots ces temps derniers alors je ne la complimente pas sur sa nouvelle couleur de cheveux et de peau, on ne sait jamais avec les gens de couleur il faut faire attention, ils sont parfois si susceptibles !! Elle a dû se faire dépigmenter pour mieux s'intégrer socialement, deux ou trois tubes de dermo-corticoïdes et le tour est joué. C'est tout à fait louable de sa part.

Je retourne à mon bureau regarder un peu Webcam_cochonnes.com pour me détendre. C'est la boulangère de Möbelsheim en Alsace qui a pris le relais de sa confrère de Pournoy-la-Chétive, cette dernière étant souffrante à force de s'être scié le cul en deux avec son string. Malheureusement la seconde boulangère prend un peu le même chemin que la première, elle a déjà les miches toutes rouges, on dirait deux flammekueche. Ce textile chinois c'est vraiment une catastrophe, elle a visiblement acheté son string sur un  étal de marché, le tissu est sûrement coupant comme un lame. Les erreurs de sourcing ça ne pardonne pas. C'est horrible.

3h plus tard le téléphone sonne. Tut !

"Mademoiselle Dusk, Monsieur Pinchon vous attend. Dépêchez vous."

J'arrive Madame. Je l'appelle Madame pour ne pas commettre d'impair, je ne sais plus trop son nom, elle aime bien en changer, je crois qu'hier elle s'appelait Corinne, ou Carla ? Elle doit être un peu schizophrène, et puis il faut dire que j'aime bien la pinacolada aussi. Ca fait des trous dans la tête, comme le Xanax(tm) d'ailleurs.

Je cours dans le couloir avec mon gros dossier sous le bras. Le plan de la tour est un peu complexe, et pour optimiser les mètres carrés, l'open-space a été prolongé jusque dans les cages d'ascenseur, aussi je bouscule pour passer quelques salariés qui tentent de travailler à leur bureau entre deux ouvertures des portes palières. Il y a beaucoup de passage, car la machine à café a été installée dans l'ascenseur, pour gagner des mètres carrés et pour réduire les temps de pause au strict minimum (en effet ceux qui restent trop longtemps à la machine finissent par avoir un peu le mal de mer).

Par précaution, je passe faire pipi avant mon entretien, j'ai un mauvais souvenir de CP où je m'étais fait pipi dessus lors d'une interrogation de flûte à bec. Je tombe sur un stagiaire qu'on a installé dans les toilettes handicapés, en plaçant habilement une planchette sur le lavabo, ça lui fait un joli peitit bureau à sa taille. Il est charmant, il s'appelle Kevin. Il détourne la tête pendant que je fais pipi. Ce n'est pas bien gênant, et puis c'est vrai que ces grandes toilettes c'est de la place perdue, on ne va quand même pas recruter des handicapés chez We Feed the World quand même ! Manquerait plus que ça ! Déjà que le CE subventionne le Téléthon ! De toutes façons en bas de la tour les portes sont à tambour, je ne vois pas bien comment ils passeraient dedans avec leurs cannes et leurs fauteuils. Bref.

J'atteins enfin le bureau directorial de Jean-Guy (il a tout de même 5 m2 à lui tout seul !).

Je m'assois dans le bureau. Je suis un peu crispée, j'ai les fesses posées sur le rebord du siège. Avant de commencer, je fais le son « Om » avec mon hara, comme je l'ai appris au stage de "Yoga par les plantes" que j'ai fait cet été au centre Vacanciel de Saint Georges de Didonnes.

Cher Jean-Guy K IIIrd (Il s'appelle Jean-Guy K.Pinchon IIIrd, mais tout le monde l'appelle simplement Jean-Guy IIIrd)

Comme chaque quarter, je suis venue te présenter mon reporting. Voici les documents dont nous avions parlé la dernière fois, comme tu le constateras j'ai reformaté la totalité des tableaux de bord pour les mettre en conformité avec les templates demandés par le corporate, et pour faciliter la lisibilité managériale j'ai prévu un executive summary sur la première page du 4ème document powerpoint que tu trouveras dans la pochette en plastique que voici (j'ai prévu une  pochette parce que cela fait beaucoup de documents et que la boudineuse était en panne, je me suis d'ailleurs coincé un doigt dedans en essayant de la décoincer, cela m'a fait un peu mal, regarde j'ai un ongle tout arraché), et en annexe j'ai mis les tableaux budgétaires détaillés et le suivi de programme sous forme de PERT avec toutes les jolies petites actions qui s'enchainent regarde comme c'est joli il y a des losanges pour les jalons on dirait presque des petits diamants ! Hihi ! 

C'est quoi ce tas de papiers ? Les gains financiers ils sont sur quelle page ?

Humm Jean-Guy K IIIrd c'est-à-dire que comme tu les vois dans le document numéro 5 que j'ai intitulé «Volet Enhance Effectiveness », (pour faire référence avec subtilité à une des valeurs fondamentales de notre groupe, l'innovation), grâce à une approche qui imbrique habilement le Bottom up et le Top down (tu me connais, j'ai souvent le cul en l'air et le T-Shirt sur les genoux) j'ai redispatché les gains financiers avec une clé de gestion subtile ce qui permet un benefits tracking plus efficace.

Il est où le ROI ? Tu rapportes combien ?

Humm Jean-Guy K IIIrd ta focalisation sur les résultats bottom-line est tout à ton honneur (moi même je viens de me faire épiler l'entre-fesse, le bottom-line je connais bien et je sais à quel point cela est parfois douloureux) c'est-à-dire que comme tu le vois dans le document numéro 2 que j'ai intitulé «Volet Management Aspirationnel»,  (pour faire référence avec subtilité à une des valeurs fondamentales de notre groupe, la modestie), grâce à des macros Excel de toute beauté (regarde ces jolis boutons de couleur mauve, il n'y a qu'à appuyer dessus et les résultats sortent tout seuls, c'est épatant ! Hou je vois à ta grimace que tu n'aimes pas le mauve ? Ha je vais mettre du bleu roi alors, cela sera peut-être plus viril, tu as raison pour envoyer au corporate il faut mieux choisir des couleurs couillues) et des tableaux croisés dynamiques à la limite de la frénésie j'ai réussi à renconstituer des gains complets directement imputables à mon action de coordinatrice transverse.

Soit la somme de 127,50 Euros pour 2007.

127,50 Euros ? Mais tous ces trouducs de ton équipe de coordination transverse il me coûtent combien ?

Humm Jean-Guy K IIIrd, je suis soulagée de ta réponse ! Ha! Merci ! J'ai crains un instant à ton regard que tu ne me critiques sur notre capacité à délivrer des résultats à la mesure de tes attentes. Mais je vois que tu nous assimiles au contraire à un organe absolument vital, l'anus, et je suis tout à fait d'accord avec toi, d'ailleurs moi-même je m'en suis fait greffer un second ce qui me permet de satisfaire à la demande qui est grandissante (il faut bien dire que la sodomie s'apparente plus au marché des industries de process - métaux, ciment, béton, verre- dont les outils de production sont actuellement à saturation compte tenu de la tension sur les marchés asiatiques – mais loin de moi l'idée de sous-entendre que je me fais enculer par des chinois, je n'aime que les grands baraqués). Je suis ravie de ta réaction ! Nous sommes décidément sur la même longueur d'ondes ! .

Bon ça suffit pour aujourd'hui. Je vais réfléchir.

(A son assistante) : Kiki !

(L'assistante, d'une voix de souris écrasée) Monsieur Pinchon, je m'appelle Eliane, je suis votre 27me intérimaire, Kiki est morte il y a un mois maintenant en se jetant par une bouche d'aération de la tour car les fenêtres ne s'ouvrent pas.

Kiki vous me jetez ce tas de paperasses dans le broyeur et vous fixez une date pour un entretien avec Mademoiselle Dusk dans une semaine. Suivant.

Ouf. Je crois que je m'en suis bien sortie. J'ai habilement mêlé le professionnalisme, les valeurs de notre groupe, tout en créant une certaine forme de connivence par quelques discrets  sous-entendus sexuels, je crois que j'ai été très habile. Je vais de ce pas rassurer les membres de mon équipe !

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Hot line

Depuis que je suis rentrée de mes vacances à la montagne, de nombreuses choses ont changé chez We Feed the World. Pourtant je ne me suis absentée que pendant une semaine.

 

Avant de partir, j’avais eu un peu de mal à m’habituer aux contacts avec la hot-line informatique en Pologne :

« Bonjourr, ici hot line inforrmatique We FuckThe Worrld, véillé pas quitter, nous allons prrendrre appel vous. Bonjourr, Svetlana Porrzzgvodzkwski à serrvice vous ? »

 

« Bonjour Svetlana, mon PC s’éteind brusquement à chaque fois que je me connecte à Webcam_cochonnes.com, comment faire ?»

 

« Quoi être vous numérro mattricule ? »

 

« Ha vous palez de la plaque d’immatriculation de ma 106 Color Line ? Elle est immatriculée à Paris, bien sûr ! C’est le 69 FUCK 75. Tiens c’est rigolo comme plaque ! Je n’y avais jamais pensé, cela fait référence à l’année de sortie de la chanson Santiano d’Hugues Aufray ! Haha »

 

« Non moi parrler matrricule vous chez We Fuck the Worrld »

 

« Ha c’est le 696969. Tiens c’est rigolo comme matricule ! Je n’y avais jamais pensé, cela fait référence à l’année de sortie de la chanson BaBaBa bybel des Beach Boys. Haha ! »

 

« Et quoi êttre nom à vous ? »

 

« Frédérique Bredouille »

 

«Avec B comme dans Brejbrinskwky ? »

 

« Oui tout à fait ! »

 

« Alors vous rrebootez orrdinateurr »

 

« Ha quelle bonne idée. Je n’y avais pas pensé. Attendez deux secondes, je redémarre mon Atari 2345 -  pour répondre à des impératifs de réduction des frais généraux, le parc est assez vintage chez We Fuck the World. Ha ça ne marche toujours pas, l’image est figée, je ne vois pas bien bouger le string de la boulangère de Pournoy-La-Chétive. Pourtant je peux vous assurer que c’est une experte en maniement de string ! »

 

« Si ça pas marrcher alorrs moi mettre dossier vous en prrocess 23 KXZ 45 et escalader à serrvice niveau 2 à Bengalorre, là où inforrmatique niveau 2 êtrre. Moi raccrrocher maintenant parrce que beaucoup appels attendrre monde entier, moi trravailler aussi pour autrres grrandes sociétés du CAC 40 de la Frrance. Desvidania. ».

 

« Ha bon alors si vous escaladez, tout va s’arranger, je suis rassurée, parce que c’est la saison de la galette des rois et Webacam_cochonnes organise un grand concours de chasse à la fève dans les boulangères, je ne voudrais pas manquer ça ».

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Services généraux

Depuis que je suis rentrée de mes vacances à la montagne, de nombreuses choses ont changé chez We Feed the World. Pourtant je ne me suis absentée que pendant une semaine.

 

Ce matin je découvre que les services généraux ont été transférés à leur tour à Bengalore.

 

Ce n’est pas toujours pratique de prime abord.

 

Par exemple l’autre jour je voulais déplacer mon armoire pour mieux dégager la magnifique vue que j’ai depuis mon bureau sur la Grande Arche de la Défense.

 

J’ai tenté de faire appel à l’équipe habituelle, au 35ème étage, mais mon appel a été rerouté vers Bengalore, sur une boîte vocale qui indiquait qu’il fallait désormais se connecter à l’Intranet de We Fuck The Word pour avoir une prestation de ce type. Etonnant !

 

Je me suis exécutée, et je suis tombée sur la procédure XKB3467, concernant les déplacements d’objets volumineux. Il y avait un magnifique schéma avec le mode d’emploi du diable (pour mes lecteurs incultes, un diable est une sorte de chariot qui sert aux déménageurs).

 

Lesdits diables sont désormais en accès libre, au rez-de-chaussée de la tour, on les décroche à l’aide d’une clé de machine café que l’on recharge aux bornes CB de la cafétéria. Ca s’appelle le «Diabl’lib ». C’est sympa !

 

J’ai eu un franc succès en circulant dans les couloirs avec mon diable. Les gens étaient vraiment chaleureux : « Hé dis donc Bredouille, t’as été promue ? » « Hé dis donc, tu te crois à Carouf ? Tu fais du shopping ?», « Hé dis donc, tu m’emmènes faire un tour ? » « Hé dis donc ça te change pas trop de ta 106 Color Line ! ».

 

Enfin je me suis quand même fait un tour de reins, mais je crois que je n’ai pas bien suivi les instructions données sur l’Intranet. Ils disaient bien pourtant de plier les genoux et de garder le dos droit quand on soulève le meuble ! Il y avait même une photo d’un sikh qui soulevait une pile de cheese-nans haute comme son turban pour illustrer le propos.

 

J’ai aussi voulu faire nettoyer la grosse tache de placenta que Corinne Dubuis a faite sur mon fauteil de bureau le jour où elle est rentrée de congé maternité, deux jours après son accouchement (son globe utérin n’était pas encore très bien rétracté). J’ai essayé au K2R « spécial placenta », mais ça n’a pas marché. En fait je me demande s’il n’y avait pas aussi dans la tache des résidus de bouchon glaireux pré-partum?

 

En tous cas, le moteur de recherche de l’intranet des services généraux m’a remonté la procédure XW44498, qui donne toutes sortes de trucs et astuces pour changer la tapisserie d’un siège taché. Il y a aussi les meilleurs tarifs du Marché Saint Pierre pour aller acheter les tissus, on peut prendre du batik, des imprimés africains etc…tant que les couleurs restent à la charte de l’entreprise, c’est autorisé. Pour la charte graphique, il suffit d’aller voir sur la section « Communication » de l’Intranet, c’est très commode. Pour le petit matériel nécessaire à l’opération, (ciseaux, colles, balais, aspirateur, détergents), il y a au rez-de-chaussée de la tour un local en libre-service, comme pour les diables, ça s’appelle le « Balai’lib », toujours rechargeable par CB à la cafétéria. 

 

Finalement, on se débrouille bien, et puis ça permet d’élargir le champ de ses compétences ! Ca doit être ça la formation tout au long de la vie !

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Médecine du travail

Depuis que je suis rentrée de mes vacances à la montagne, de nombreuses choses ont changé chez We Feed the World. Pourtant je ne me suis absentée que pendant une semaine.

 

Ce matin, comme j’ai vraiment mal au dos après mon expérience avec le « Diabl’Lib » des services généraux, je vais passer à la médecine du travail.

 

J’aime bien la médecine du travail. C’est important la prévention.

 

**

Moi par exemple c’est un médecin du travail qui m’a conseillé de faire plus de sport, et c’était un bon conseil. Je me suis inscrite au Gymnase Club grâce à elle. D’ailleurs je me souviens très bien, c’était l’année où j’ai eu mon opération pour une tumeur au cerveau, j’avais du mal à me coiffer parce que la boule de la tumeur faisait plus de 2kg et pendait au dessus de mon œil gauche. Au Gymnase ça faisait schpoing schpoing sur mon œil pendant le cours de step. Déjà que je suis myope, j’ai failli devenir borgne ! Enfin ça n’a rien à voir, mais toujours est-il que cet excellent médecin avait parfaitement vu que je n’étais pas assez sportive.

 

Et plus récemment, elle m’a recommandé de boire plus d’eau. Je m’en souviens parce que c’était juste après la greffe de mon second anus, ça n’était pas très confortable en position assise, surtout que la ptose faisait comme une grosse bosse, une dizaine de mètres de gros côlon, rien de grave, roulés dans ma culotte. Ca s’est résorbé par la suite, je vous rassure. Bon ça n’a rien à voir, mais j’ai suivi son conseil et il est excellent.

 

Ce n’est pas facile leur métier, il faut déceler les pathologies alors qu’on ne voit les patients qu’une fois par an ! Chapeau !

 

Je suis fort surprise de découvrir que la médecine du travail a été délocalisée à Bengalore. Pour consulter, il faut se connecter sur l’intranet. Le moteur de recherche me remonte une vidéo U-tube du Docteur Pritpal Chetboun de Bengalore. Il y  explique que pour des raisons de rentabilité, la médecine du travai a été sous-traitée à Doctissimo.fr, où l’on trouve toutes sortes d’excellents conseils. Ceux du Docteur Dusk en particulier sont très judicieux, et elle répond en ligne à toutes les questions de santé courantes.

 

Je vais immédiatement sur le site pour lui poser ma question « Docteur Dusk, je me suis fait mal au dos en transportant mon armoire avec le Diabl’Lib sans la vider, je n’ai pas plié les genoux comme il était dit sur l’Intranet, comment faire ? »

 

Ha ! la réponse est effectivement rapide :

 

« Chère Mademoiselle

 

Il suffit de vous faire un cataplasme de soude caustique, ça se trouve chez Leroy Merlin, vous la touillez avec de l’eau, vous l’étalez sur vous, c’est souverain contre les problèmes de dos. Après on n’a plus de dos, donc on n’a plus bobo ! C’est radical ! Et surtout n’oubliez pas de boire de l’eau et de faire de la gymnastique, comme je vois que mon prédécesseur l’avait indiqué dans le dossier. Bien à vous, Dr Dusk »

 

Ha c’est vraiment formidable toutes ces ressources dont nous disposons sur l’Intranet We Fuck the World, quelle chance nous avons de faire partie d’une telle entreprise ! 

 

Je vais de ce pas chez Leroy Merlin. J’en profiterai pour m’acheter des tréteaux au bois à la découpe parce que mon bureau est un peu branlant. Il y a les plans sur l’intranet, on voit même deux sikhs couper des plaques de béton pour fabriquer un four à cheese nan.

Posté par FredBredouille à 15:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Nouvelle assistante

 

 Depuis que je suis rentrée de mes vacances à la montagne, de nombreuses choses ont changé chez We Feed the World. Pourtant je ne me suis absentée que pendant une semaine.Mon chef, Jean-Guy K.Pinchon IIIrd, a une nouvelle assistante en intérim.

 

 ***

Interim Nation, ne trouvant pas de profil susceptible de le satisfaire pour remplacer Kiki, après 29 tentatives infructeuses en un mois, a trouvé la solution pendant les vacances de Noël.

 

Ils ont envoyé une poupée parlante Dora l’Exploratrice, livrée avec un CD Rom et un cable USB pour la brancher sur l’ordinateur. Elle a été immédiatement programmée pour répondre au nom de Kiki, ce qui perturbe moins Jean-Guy.

 

Le logiciel autorisait aussi la programmation d’une série de phrases comme « Oui Jean-Guy, tout de suite », « Bien sûr Jean-Guy », « Jean-Guy que vous êtes efficace et pertinent c’est incroyable ! » « Jean-Guy, je suis sûre que vous allez devenir DG, c’est fou, quelle chance j’ai ! », ou encore « Regardez Jean-Guy à quelle vitesse mes petits doigts tapent vite sur le clavier ». Il est vrai que ses doigts mécaniques sont incroyablement rapides quand elle tape des mails au kilomètre. Sa productivité est redoutable.

 

Elle est articulée et peut circuler dans les couloirs. Ses yeux sont reliés à un circuit vidéo.

 

Enfin, elle chante régulièrement  « Je l’ai fait, oui Jean-Guy! » en référence à la chanson du dessin animé « We did it Yeah ! », mais sur l’air du jingle de la publicité TV des bâtonnets Coralia de We Fuckthe World, car elle est très values.

 

Après un premier entretien de fit, Jean Guy a déclaré « Enfin une assistante digne de ce nom. Je vais lui donner des missions strech, je suis sûr qu’elle saura se montrer à la hauteur ».

 

Jean-Guy a donc mandaté Kiki pour surveiller les salariés de l’étage. C’est un tout petit peu inquiétant, car son visage surgit régulièrement de derrière le château d’eau, pour surveiller ceux qui boivent trop, ou à la sortie des toilettes. Elle prend aussi régulièrement l’ascenseur pour vérifier que personne ne lambine à la machine à café (je rappelle que la machine à café a été installée dans les ascenseurs afin de gagner des mètres arrés).

 

Je me suis moi-même fait pincer alors que je m’éclipsais d’une séance avec Kevin, le jeune stagiaire dont le bureau est précisément dans les toilettes (il a une jolie petite planchette à sa hauteur qui lui sert de bureau). A force de me voir faire pipi devant lui, nous avons fini par sympathiser. Au départ, il m’a demandé de le dépuceler par pure charité chrétienne. Par la suite je trouve qu’il a un peu abusé de ma gentillesse, en me demandant toutes sortes de choses, toujours au motif que c’était la première fois. Surtout quand il a remarqué que j’avais deux anus. Il a visiblement été très troublé. Pourtant, vu la localisation de son poste de travail, il doit voir passer toutes sortes de curiosités ? Je lui ai bien dit que cet organe n’était pas encore extrêmement stable, mais il a insisté.

 

C’est justement ce jour-là, alors que je sortais des toilettes, enfin du bureau de Kevin, que Kiki a surgi de derrière la broyeuse, et s’est exclamée « She did it Yeah ! ». Un flash d’appareil photo a jailli de ses yeux en amande. J’ai bien peur que les images de la session ne soient déjà dans le disque dur de Jean Guy. On verra bien.

 

Enfin quand même elle me fait penser à quelqu’un.

 

Ha oui c’est ça, elle me fait penser à Chucky ! L’horrible poupée rousse mal coiffée qui tue tout le monde à la hache dans ces vieux films d’horreur en Betamax qu’ils vendent dans les brocantes.

 

Bon ne devenons pas paranoïaque, il doit bien être possible de créer de l’intimité avec elle. Peut-être qu’en me déguisant en renard Chipeur, je réussirai à l’apprivoiser ? Yeah ! Voilà la solution. Je vais de ce pas acheter une panoplie chez Toy’s R us.

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Propale de consulting

Me voici coincée à la Défense jusqu'à onze heures du soir. Quelle poisse ! Je ne savais pas que Jean Guy K Pinchon IIIrd travaillait si tard. (Comme les membres du Comité de Direction ne prennent pas le RER à la station Grande Arche, il n’y a pas moyen de surveiller leurs horaires).

Pour passer le temps, je vais regarder Webcam_cochonne.com. Crotte, le site est encore planté, ils ont de gros problèmes techniques en ce moment, la boulangère de Pournoy-la-Chétive avec son petit string en acrylique me manque un peu.

Du coup, en attendant mon rendez-vous, je vais bouquiner. Mais je n’ai sous la main que de vieux numéros des Echos, c’est franchement trop sentimental pour moi.Autant lire un Harlequin.

Ha chouette, voici la propale de Rhaacenture, la société de conseil qui démarre une mission chez We Fuck the World actuellement. (Ils vont mutualiser toutes les fonctions support).

J’adore cette littérature, ça au moins c’est profondément pornographique.

….

Ca commence toujours par une mise en situation, on voit bien le décor comme ça on s’excite à la simple pensée de ce qui va se passer. Le plombier sonne à la porte, La cliente en nuisette ouvre, Dans un contexte de renforcement de la concurrence internationale, We Fuck the World souhaite renforcer l’optimisation de ses structures par une démarche de mise en commun des moyens.

On décrit bien tous les protagonistes, Hou Monsieur le plombier vous êtes drôlement costaud, Madame la cliente vous avez de ces nichons Halala, Les services reprographie et archives représentent à eux deux quatre équivalents temps plein.

Ensuite on décrit soigneusement ce que l’on va faire avant de passer à l’action, Dites donc madame la cliente si vous vous enfourniez ma queue dans la bouche ça serait bien sympathique, Et puis vous pourriez me bourrer le cul ça serait drôle monsieur le plombier, Il est souhaitable de procéder à la mutualisation de ces deux services.

On est très explicite quand aux objectifs visés, Comme ça je vous ferai jouir comme une cochonne madame la cliente, Oui monsieur le plombier on va bien se la donner, Afin de réaliser les gains de productivité attendus au niveau des fonctions centrales.

On aime bien les chiffres, Ma bite fait 25 cm de long ! Votre bite fait 25 cm de long ! Les quatre ETP représentent à l’année un coût chargé de 160KE, ce qui est une assiette de gains énorme (surtout en regard du coût de la mission Accenture qui ne coûtera elle que 300KE- FYI, pour votre information, un Directeur Associé qui sert la main d’un client c’est au bas mot 1600Euros).

On est aussi très graphique T’as de ces miches, Ces couilles sont bien remplies, Les courbes de Gauss montrent le ratio 80/20, les flèches qui s’enculent sur Powerpoint c’est le planning.

On garantit des résultats Ha tu vas voir ma cochonne je vais bien te défoncer je suis un expert j’ai défoncé toutes les clientes du quartier, Le projet sera accéléré grâce à une méthodologie éprouvée chez nos nombreux clients, le Mutu’In-a-Box.

Enfin on passe à l’action, de manière quelque peu répétitive, Hin Hin prends toi ça ma salope, HouHou HunHun Haha, La structuration du projet en streams multiples nous permettent d’appréhender toutes les dimensions de la mutualisation.

C’est assez long Hin Hin HouHou HunHun Haha Le projet se déroule sur 9 semaines de diagnostic et de mise en œuvre (mais nous serons encore là dans trois ans curieusement)

On valorise les femmes Hin Hin Boum Hin Hin Boum Boum Tiens je te cogne la tête dans le mur en te prenant en levrette Ouie Monsieur le plombier ça fait un peu mal quand même !  Le nouveau hub de Shared Services Center sera staffé en priorité avec des personnels masculins de façon à éviter lescomplexités inhérentes à un staffing féminisé (quatre-cinquième, congés parentaux etc…)

L’aboutissement est une explosion Hou je jouis, Monsieur le plombier vous aviez les couilles vraiment pleines étalez-moi bien tout cela sur les seins Et nous aboutissons à la mutualisation totale au niveau groupe des services archives et reprographie, soit le gain de quatre ETP, ce qui est colossal.

Après on se rhabille vite fait et pas trop fier de soi, Bon ma salope c’est pas tout ça mais j’ai des lave-linge à réparer dans le quartier je file, Nous prendrons ensuite en charge la rédaciton du Livre IV du plan social, en tenant bien évidemment compte des situations personnelles difficiles (surtout le vieux Emile qui a une tumeur au cerveau et qui travaille aux archives de We Fuck the World au sous-sol de la tour depuis 25 ans)

Et puis on y prend goût et on y revient finalement Allo monsieur le plombier maintenant c’est mon lave-vaisselle qui est en panne Il ne reste plus qu’à mutualiser les équipes de coordination transverse qui sont un centre de coût important et dont le ROI est limité (pour mémoire l’année dernière 154 Euros et cinquante centimes).

….

Ha ! j’ai bien pris mon pied avec cette propale Accenture. C’est un peu prévisible mais quelle efficacité quand même ! A l’américaine ! J’en ai le fauteuil tout mouillé. Remettons-nous.

En plus c’est sympa comme tout ils citent mon service de coordination transverse à la fin, c’est hyper flatteur ! Ils mentionnent même le fait que notre ROI est enfin à l’équilibre. Des experts en bullshit à l’évidence, on sent qu’ils savent de quoi ils parlent.

Il n’est toujours pas l’heure de voir Jean-Guy.

Mon ventre commence à gargouiller un peu, il est temps de nous préparer quelque chose à dîner.

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