Dans le business on adore Darwin.


 

Pas une réunion, pas un slide-show, pas une publication commerciale qui n’agite le chiffon de la mort certaine à laquelle est promise l’entreprise (ou le salarié) qui ne saura pas s’adapter.

C’est la sélection naturelle.

Seuls les plus agiles vont survivre.  Les geignards immobiles vont disparaître.

« Ha cette Yvonne du service courrier, elle est pire qu’un dodo de l’île Maurice ! Bonne pour l’extinction ! »

L’adaptation se fera à marche forcée, de façon volontariste.

 « Alors Yvonne, on sait pas faire marcher le e-procurement ?  Fallait évoluer ma cocotte, fallait évoluer ! »

Et très rapidement.

«Yvonne, vous serez remplacée le mois prochain par Katerina, de Kracow, qui fera tout cela beaucoup mieux que vous pour moins cher ! »

C’est le sens de l’histoire, c’est la sélection naturelle. C’est comme ça que ça doit être pisque c’est comme ça que tout le monde y dit que c’est. Et pis c’est les plus forts qui restent, au trou les zôt.

Le seul détail que tout le monde oublie, c’est que Darwin n’a pas exactement dit « au trou les zôt ».

Il a mis en exergue le rôle du hasard. Ainsi, il a montré que les mutations étaient le fruit du hasard. Purement par hasard, la mutation, parfois inadaptée au départ, devient un avantage dans un environnement donné.

« Hein, Katerina, si toi avoir pensé que accent polonais de toi avantage pour travailler dans CAC 40 de France un jour, toi aurais mangé moins borsch et plus chocapic dans enfance ! Ouarf Ouarf»

Inutile de s’efforcer à s’adapter, puisque l’innovation sera le fruit du hasard.

« Yvonne, pas la peine de te mettre déjà à apprendre le polonais, finalement le prochain centre de service partagés on va l’ouvrir en afrique du sud et on va pas te payer des heures chez Berlitz pour que tu maîtrises bien les bruits de glotte bushmen »

Et ce que tout le monde oublie aussi, c’est que Darwin a mis 30 ans à accoucher de sa théorie, après un voyage dangereux en bateau de 5 ans, des milliers d’observations et de specimens consignées dans des carnets.

« Quoi ? Un bon powerpoint de 10 pages ça suffit pas pour dire que c’est les plus forts que y niquent la gueule de les plus faibles ? Faut quitter la Défense ? Houla !»

Qu’il a bravé la censure et les religieux de tout poils pour énoncer la simple vérité, comme Copernic ou Galilée en leur temps.

« Hein ? On va pas forcément gagner plus de stock-options si que on dit des choses sur Yvonne qu’il faut la virer pour gagner des ETP ?On peut même se faire zigouiller ? Houla ! Je vais déléguer alors…»

Ha non, Darwin il avait du génie et des couilles, lui. Et il était pas dans le business. Mais maintenant il est avec ses copains les vers de terre, au cimetière.

Dommage pour Yvonne. 

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(Voir par exemple la plaquette du "premier cabinet de conseil Darwinien" : http://www.abingtonadvisory.com/Default.aspx#2)