Petite série de portraits au travail.


 

Nathalie se souvenait de sa mère qui vendait des produits Tupperware  à ses copines dans le salon familial. Après son divorce, elle l’avait imitée et s’était lancée dans la vente à domicile pour le compte d’AirDésir une filiale de Passage du Désir, un fabricant de sex toys. Le marché avait progressé de 60% entre 2010 et 2013, c’était une aubaine. Elle était très avenante et très motivée et trouvait toujours des arguments qui faisaient mouche pour convaincre ses voisines de colmater tous leurs orifices. Il valait mieux d’ailleurs car elle ne percevait aucun fixe. Parfois en installant les produits sur la table basse Alinéa de son appartement elle se disait que leur texture caoutchouteuse lui rappelait les boites de conservation que vendait sa mère.

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Ahmed était webmaster dans une grande entreprise basée à Paris. Depuis un an les demandes de modification sur le site de l’entreprise lui arrivaient via une base dans l’intranet, il lui était interdit de prendre des demandes en direct. Sa supérieure hiérarchique basée aux US lui avait expliqué que cela améliorerait le « workflow ». Chaque matin, son ordinateur clignotait, rempli de nouvelles demandes, qu’il s’empressait de traiter pour rester dans les standards internationaux de temps de traitement que sa chef lui avait communiqués. Sa stagiaire était basée en inde. Plus personne ne passait dans son bureau, il se demandait parfois si les gens se souvenaient encore de son visage. Heureusement qu’il restait la cantine.

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Jean-Paul était chercheur en télécom dans une entreprise fleuron de la high tech francaise. Son patron était une des stars de la recherche française, mais il ne le voyait pas beaucoup. Il faut dire que le siège de l’entreprise était dans la campagne, loin de Paris, et qu’on y avait installé pas mal d’Algecos pour loger les fonctions commerciales après le 18 eme plan social. Ce n’était pas très élégant, et pas très pratique pour les mondanités. Jean Paul se demandait souvent si l’unique métier de son boss n’était pas de faire en sorte que les crédits destinés au soutien à la recherche ne permettent pas de maintenir son emploi à lui et à ses collègues. En tous cas cela faisait un moment qu’il avait cessé de chercher quoi que ce soit.

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 Pour rien au monde Benjamin n’aurait voulu travailler dans une grande entreprise, comme son père et son grand frère. Son rêve c’était de monter sa boite. Il avait imaginé un système de livraison de burgers par drones. Le site s’appelait BurgerBzz.com. Enfin c’était un nom de code car il cherchait encore des financements sur des sites collaboratifs, seule sa tante lui avait prêté 5OOO euros sur KissKiss BankBank. En attendant, comme il ne se versait pas de salaire il logeait des indiens dans sa chambre avec Airbnb et dormait dans le canapé du salon. Ca n’aurait pas été très contraignant si les indiens n’avaient pas systématiquement tiré la chasse d’eau en pleine nuit. Du coup Benjamin manquait de sommeil, mais comme il le disait souvent, « la pire chose qui me menace c’est d’être salarié »