Suite de ma télénovela à la Défense


 

(Frédérique téléphone à sa nouvelle stagiaire, Clotilde des Aulnayes)

Frédérique Bredouille : Bonjour Clotilde je Frédérique Bredouille, votre nouvelle manager, je vous propose de faire connaissance, vous passez à mon bureau ?

Clotilde des Aulnayes : Non. Passez plutôt au mien

Frédérique Bredouille : A votre bureau ? 28B64 ? Pas de problème je viens tout de suite

(Frédérique cherche le bureau de Clotilde dans le couloir. Elle le trouve. C’est un bureau directorial de 15 m2. Au sol, un gros sac Vuitton. Clotilde la fait assoir à sa petite table de réunion)

Clotilde des Aulnayes : Vous pouvez vous assoir

Frédérique Bredouille : Merci ! Ravie de vous rencontrer ! Nous allons faire de grandes choses ensemble cette année.

Clotilde des Aulnayes : Elles disent toutes ça.  

Frédérique Bredouille (elle déplie devant Clotilde une grosse liasse de documents illisibles: Nous devons déployer une cinquantaine d’initiatives, c’est matriciel, c’est un peu complexe. J’ai passé la nuit à étudier les tableaux de bord que la zone EMEIA et le Global nous ont envoyé,  j’y vois clair maintenant. Il me semble que la plus importante c’est la 45ème, celle qui parle de « cllient-centricity ».  C’est important de coller aux attentes du client. C’est ma préférée, je crois que c’est réellement novateur comme idée.

Et j’aime aussi beaucoup l’initiative 48bis, celle sur le lancement de la « démarche de progrès continu », le lean management. Ce sont des ateliers bottom-up très novateurs où les salariés choisissent eux-mêmes celui qui va être licencié, comme ça après ils ne peuvent pas dire qu’ils n’étaient pas d’accord. C’est très astucieux. J’ai hâte de préparer les slides pour expliquer le concept à toute l’entreprise !  

 (Le téléphone de Clotilde sonne)

Clotilde des Aulnayes : Allo ? Ah Aymeric, oui j’attendais ton appel. Non tu ne me déranges pas du tout. (d’un ton cajoleur) tu ne me déranges jamais, Aymeric. (elle opine, ca dure très longtemps). Oui je suis d’accord. C’est un point important il faudra le régler. (elle opine encore en minaudant). Oui tu as raison on pourra en faire livrer.

Frédérique Bredouille (patiente en lisant sa documentation dépliée – d’un ton timide) Clotilde ?

Clotilde des Aulnayes (lui faisant les gros yeux et lui faisant signe de se taire) : C’est très important.Chuut.

A Aymeric: oui Aymeric je suis d’accord. Bon pour les nappes on doit en parler à Mère je pense que la dentelle de Calais serait plus adaptée.   Bises mamoure. Oui (elle glousse) oui bien sûr mamoure. (elle raccroche enfin).

Frédérique Bredouille: Donc nous avons une cinquantaine d’initiatives à déployer, cela représente une somme de travail considérable, et les délais sont tendus. Nous devons nous mobiliser. J’ai réservé une salle de réunion pour ce week-end, nous pourrons nous y installer pour travailler ensemble.

 Clotilde : Ah ce week-end je suis à la Baule chez belle mâmâân cela ne sera pas possible.

Frédérique Bredouille : Ah ! cela va être compliqué alors, nous travaillerons tard vendredi ? Nous devons rendre notre copie lundi matin pour l’EXCOM, et il y en a au moins pour 220 heures de travail !

 Clotilde : Oui mais vendredi mon train est à 16h. De toutes façons inutile de stresser je vais téléphoner à Hubert.

Frédérique Bredouille : Hubert des Aulnayes de Sarasse, le secrétaire général du groupe ?

 Clotilde (l’air atterré) : Oui, évidemment !

(elle décroche) Allô Hubert ? Oui c’est Clotilde. (elle minaude). Oui je sais ce n’est pas toujours facile avec Mââmâân mais on avance . Oui vous viendrez à la Baule ce week end, on fera une régate ce sera sympââ. Dis-moi Hubert le truc des initiatives du global c’est pour lundi, vraiment ? C’est à l’ordre du jour ? Ha oui c’est ce que je pensais. Oui ok je vois. Bon merci très bien. A samedi alors ! Bises.

 Clotilde (elle raccroche): C’est bien ce que je pensais. Ce n’est pas à l’ordre du jour de l’EXCOM de lundi. Les documents doivent figurer dans les annexes qui sont distribuées en pré-read mais personne ne les lit jamais. 

Frédérique Bredouille : Ah bon ? Mais Jean-Guy K Pinchon m’a dit que c’était pour l’EXCOM de lundi ?

Clotilde : Non, le point essentiel de l’EXCOM de lundi c’est le rajout des radars de recul aux Audi du plan société. Jean Guy le sait parfaitement c’est lui qui fait les ordres du jour. Donc voilà. Moi, je peux vous faire la première planche et puis vous  vous continuez vous faites les 212 autres sur le même modèle. Comme ça je peux partir à l’heure vendredi. (elle se penche dans son magnifique sac Vuitton posé à terre et en sort un gloss Guerlain – elle se badigeonne la bouche. Frédérique la regarde, fascinée)

Frédérique Bredouille : (le nez dans ses documents) Pour « Client Centricity » on pourrait illustrer ça en mettant le mot « client » au milieu de l’image d’une galaxie ? Ca serait sympa. L’image de la galaxie aura beaucoup d’impact je crois. Il faut en effet que les équipes se focussent , hmm ? , se foquisent , hmm ? , se focalisent sur le client. Après tout c’est lui qui achète, hein !! « Tous au client » ! TAC !

 

 

Clotilde : Ben voilà on va mettre une image de galaxie. Et un gros C sur le soleil au milieu, pour dire que c’est le client qui est au centre. Ou le Customer. Enfin c’est pareil.  Parfait !  Bon nous avions autre chose à voir ensemble ? J’ai des appels importants à passer pour organiser l’anniversaire de mariage de Mamâân et Pââpââ, nous serons 345 dans notre maison de Normâândie

 (Passant la tête par la porte, Hubert des Aulnayes de Sarrace, le secrétaire général de FUK  et oncle de Clotilde): Salut les miss, ça avance la coordination transverse ? Faut déployer toutes nos initiatives du global hein ! Le global c’est pas des tendres (avec un clin d’œil)

Frédérique Bredouille  : Ah Mr Des Aulnayes ! Je voulais vous toucher deux mots de l’initiative 45 sur la « Client-centricity » que je trouve fondamentale…

Hubert des Aulnayes de Sarrace (la coupant) Oui tout à fait, c’est passionnant, on en reparle, hein, faites-moi un memo  pour lundi matin 8heures ! …..Ha ma petite Clotilde c’est toi que je venais voir, viens  il faut que je te parle 5 minutes.

 Clotilde (avec un grand sourire) : J’arrive Hubert

Frédérique Bredouille (se replonge dans la lecture de sa documentation)

 (Vingt minutes plus tard Clotilde réapparaît).  Clotilde : Hubert vient à l’anniversaire de mariage de Mââman, nous avions quelques points de détail à clarifier. (Regardant sa montre) : Ha ! mais je dois filer, j’ai un dîner ce soir, un enterrement de vie de jeune fille et je serai témoin le mois prochain! (Elle part en claquant la porte).

Frédérique Bredouille : Quelle vie sociale intense cette Clotilde tout de même! 345 invités pour un anniversaire de mariage c’est impressionnant ! (Rêveuse) Pour fêter les 15 ans de la mort de mon père l’année dernière ma mère avait acheté des crackers Belin…c’est bon les crackers Belin. (Allumant son PC, qui fait apparaître sur l’écran des slides grisâtres remplis de tableaux excel) Bon, attaquons, nous avons du pain sur la planche. Plus que 456 tableaux de bord à remplir pour renvoyer aux gens du global. Courage. (le bureau sombre dans le noir on ne voit plus que l’écran allumé)